Nous allons faire revivre l’espoir
Intervention de M. Nicolas SARKOZY
Discours pour
la France
qui souffre
Charleville-Mézières – lundi 18 décembre 2006
La France
qui souffre ce n’est pas seulement celle des exclus, celle des désespérés, celle des laissés-pour-compte, celle des sans-domicile, celle des pauvres sans travail.
La France
qui souffre c’est aussi celle des travailleurs pauvres, de tous ceux qui estiment ne pas avoir la récompense de leur travail, de leurs efforts, de leurs mérites. Celle qui sait qu'avec le SMIC on n’arrive plus à se loger, celle des temps partiels subis, celle des mères isolées qui ne peuvent pas travailler à temps plein parce qu’elles n’ont pas les moyens de faire garder leurs enfants. C’est
la France
des salariés de l’industrie qui vivent dans la hantise des délocalisations, des cadres qui redoutent à 50 ans de faire les frais de la prochaine réorganisation et de ne plus avoir de place dans l'économie et la société. C'est aussi celle des artisans, des agriculteurs, des pêcheurs écrasés de charges et de contraintes et qui n’arrivent plus à faire face. C’est
la France
des classes populaires qui a peur de l’exclusion et celle des classes moyennes qui a peur du déclassement.
(…)
Je ne suis pas venu vous dire de prendre votre mal en patience, ni de renoncer à tous les acquis sociaux pour affronter la concurrence de l’Inde et de
la Chine. Je
ne suis pas venu vous proposer de résoudre les problèmes du XXIe siècle avec les solutions du XIXe siècle.
Je suis venu vous dire que je n'accepte pas que
la France
soit un pays où l’on s’appauvrit en travaillant parce que le travail ne paie plus assez, qu'il n'est pas assez respecté, n'est pas assez valorisé, n'est pas récompensé.
La politique économique fondée sur les 35 heures, le partage du travail, les idées socialistes que nous n'avons pas assez profondément remises en cause, a conduit depuis 25 ans à l’austérité salariale et aux prélèvements obligatoires qui étranglent le pouvoir d’achat. Il y a un grave problème de pouvoir d'achat en France.
Depuis 25 ans; on n'arrive pas à enrayer la dégradation du niveau de vie des jeunes actifs par rapport à celui de leurs parents.
Depuis 25 ans l’ascenseur social fonctionne de moins en moins bien.
Depuis 25 ans on a trop dévalorisé le travail, et on a ainsi freiné la croissance et donc créé du chômage.
Depuis 25 ans, avec les meilleures intentions du monde on cherche davantage à rendre la pauvreté supportable qu’à l’éradiquer.
Depuis 25 ans on cherche davantage à rendre vivable la précarité plutôt qu’à la combattre.
Depuis 25 ans nous nous contentons de guetter et d'espérer dans les soubresauts de la conjoncture internationale.
Depuis 25 ans nous sommes confrontés, à une forme insidieuse de capitulation sociale à laquelle la mondialisation et l’Europe servent d’alibis. Cette capitulation est le fruit d'une multitude de renoncements devant l'ampleur des changements que nous imposent les bouleversements sans précédent qui sont en train de transformer le monde.
Notre ambition est celle de suivre en moins bien la croissance mondiale et de subir en un peu moins pire la crise lorsqu'elle arrive. Nous manquons d'ambition parce que nous n'avons plus confiance en nous-mêmes.
Grâce au quinquennat de Jacques CHIRAC, nous avons cessé de capituler face à la délinquance, au déclin industriel, à l'immigration non maîtrisée, à l'endettement public. Nous avons cessé de capituler sur le front de la rénovation urbaine, sur celui des politiques de l'emploi, sur celui de la défense. Mais il nous faut aller plus fort et plus loin. Il nous faut plus d'imagination, plus de volonté. Il nous faut passer du renoncement à l'audace.
Ce renoncement est une faute. Le cacher serait une faute plus grave encore. Il faut du courage pour poser le bon diagnostic. Je le fais car je ne veux pas que demain ressemble à hier.
(…)
Donner toujours raison aux emballements du marché, sacrifier le long terme au court terme, l’industrie à une exigence de rentabilité déraisonnable et l’emploi aux seuls cours de Bourse est un renoncement.
Ce renoncement donne le pouvoir aux prédateurs au détriment des entrepreneurs. Il fait passer la spéculation avant la production. Or je veux être celui qui soutient les entrepreneurs et encourage la production, car il nous faut créer de la richesse si nous voulons faire reculer la pauvreté, la précarité, l'exclusion.
Je veux que ceux qui trichent soient punis car je ne veux pas parler aux tricheurs, aux fraudeurs, aux truqueurs.
Je veux que les stock options soient distribuées à tous les salariés et pas seulement à quelques privilégiés parce que tous contribuent à la richesse de l'entreprise.
Je veux que la transparence soit plus grande sur la rémunération des dirigeants et que les actionnaires aient leur mot à dire car il n'y a aucune honte à récompenser le risque qui est pris.
Je veux que ceux qui créent des emplois et des richesses puissent jouir des fruits de leur réussite, mais je veux que ceux qui échouent supportent la sanction de leur échec.
Je veux que le capitalisme familial soit encouragé parce qu’il s’inscrit davantage dans la durée que le seul capitalisme boursier.
Je veux que la logique industrielle compte autant que la logique financière.
Je veux que les entreprises qui investissent et qui créent des emplois payent moins d’impôts sur les bénéfices que celles qui désinvestissent et qui délocalisent.
Je veux que les allégements de charges soient supprimés pour les entreprises qui font des profits et qui n’augmentent jamais les salaires car ce n'est pas à l'Etat de compenser la rigueur salariale.
Je veux moraliser le capitalisme financier parce que c’est la condition nécessaire pour réconcilier les Français avec l'économie.
(…)
Je propose que l'Etat favorise l'orientation de l'épargne vers la création et le développement de nos entreprises. Je propose que l’Etat conduise une véritable politique de la commande publique au service d’une ambitieuse stratégie industrielle et au profit des PME comme le font les Américains. Je ne vois pas pourquoi ce qui est acceptable pour l’Organisation Mondiale du Commerce en Amérique ne le serait pas en Europe.
Accepter la fin de l’industrie comme une fatalité est une erreur stratégique.
La nouvelle économie transforme l’ancienne, elle ne la fait pas disparaître. La nouvelle économie n’a fait disparaître ni la sidérurgie, ni la mécanique, ni le textile. Les services ne feront pas disparaître l’industrie.
Beaucoup de services sont des services à l’industrie. La désindustrialisation comme fatalité est une impasse. Quand toutes les usines seront parties en Inde ou en Chine, tout le reste suivra. Les services aux entreprises partiront et les laboratoires aussi.
La Chine
et l’Inde ne manquent ni de savants, ni d’ingénieurs, ni de gestionnaires.
Je propose que soit mise en œuvre une politique de filières qui permette à
la France
d’exploiter ses atouts et de tirer le meilleur parti de ses avances technologiques et de son image de marque dans le nucléaire, le ferroviaire, l’espace, l’automobile, la santé, l’agro-alimentaire, le tourisme ou le luxe, ou encore dans les technologies propres où
la France
est en mesure, si elle s’en donne les moyens, de prendre un avantage décisif.
Je ne peux accepter le gâchis de la désindustrialisation, je ne peux accepter que tant d’hommes soient broyés par une logique économique à courte vue ou laissés pour compte parce qu’ils ne correspondent plus aux critères de performance à la mode, je ne peux l’accepter parce que c’est un effroyable gaspillage humain et parce que la cohésion sociale est aussi un facteur de compétitivité. Je ne peux pas accepter l’idée d’abandonner à leur malheur des territoires et des hommes frappés par le sort alors que très souvent il suffirait de si peu pour les remettre en selle.
Je propose que l’Etat se donne les moyens d’investir dans les bassins industriels en difficulté pour les réindustrialiser en y développant des activités nouvelles.
Je ne veux pas qu’on abandonne les Ardennes à leur sort.
Je ne veux pas non plus qu’on en fasse le laboratoire d’une France sans industrie. Je ne veux pas qu’on en fasse un parc naturel, une réserve où les usines seraient des musées.
Les Ardennes cesseraient de vivre et ce serait une perte irréparable. Alors que quelques kilomètres de voies ferrées et d’autoroute suffiraient à les remettre au carrefour de l’Europe et à les désenclaver, et qu’un pôle de compétitivité permettra peut-être de faire naître ici un jour la métallurgie du futur.
Cet abandon serait une capitulation de plus.
Opposer le salaire à l’emploi est une erreur.
Le salaire n’est pas l’ennemi de l’emploi.
L’emploi fait augmenter les salaires.
L’augmentation des salaires crée de la demande.
La demande crée de la production et de nouveaux emplois.
La vraie politique de l’emploi c’est la politique du pouvoir d’achat. La vraie politique du pouvoir d’achat c’est la politique de l’emploi. Le chômage de masse tire les salaires vers le bas. La baisse du pouvoir d’achat entretient le chômage.
Je veux une politique qui, en stimulant la croissance et en faisant reculer le chômage, réduira les déficits et fera monter les salaires.
Pour gagner dans la mondialisation, il faut investir plus que les autres et avant les autres. C’est comme cela que nous ferons de la croissance. C’est comme cela que nous créerons de l’emploi et du pouvoir d’achat.
La France
doit réduire ses dépenses publiques mais elle n’a pas besoin d’une cure d’austérité de plus, elle a d'abord besoin d’une politique de réformes et de croissance.
Je vous propose une politique d’efforts et non une politique de sacrifices.
Je vous propose une politique de hausse du pouvoir d’achat.
Depuis trop longtemps
la France
cherche à rétablir ses équilibres en diminuant ses dépenses d’investissement au lieu de diminuer ses dépenses courantes.
Depuis trop longtemps
la France
sacrifie ses dépenses d’avenir parce que personne n’a le courage de toucher aux dépenses du passé.
Je suis venu vous proposer de tailler dans la dépense improductive et de donner la priorité à l’investissement.
Je suis venu vous proposer de pourchasser tous les gaspillages, de supprimer tous les organismes qui ne servent à rien, de liquider toutes les politiques inefficaces, de combattre toutes les fraudes, de réformer l’Etat pour qu’il soit plus concentré sur ses missions essentielles, d’augmenter la productivité des services publics.
Je suis venu vous proposer de respecter une règle simple : les dépenses courantes doivent être intégralement financées par l’impôt, les dépenses d’investissement peuvent être financées par l’emprunt.
Je propose d’investir massivement dans l’enseignement supérieur et dans la recherche après avoir donné à nos universités une plus grande autonomie.
Je propose de donner aux Français la possibilité de s’endetter davantage pour investir. Il faut donner à tous ceux qui ont des projets les moyens de les financer grâce à du capital risque public, à des prêts à taux zéro, à un système de cautionnement public qui mutualise les risques et qui permette à ceux qui ne peuvent pas apporter de garanties d’accéder au crédit.
Je propose que le crédit d’impôt recherche soit porté à 100% pour stimuler l’effort de recherche des entreprises.
Le partage du travail est une régression sociale.
Les 35 heures ont freiné les salaires et le pouvoir d’achat.
Je vous propose de passer d’une logique du partage à une logique de création.
Je propose que celui qui veut travailler plus pour gagner davantage ait le droit de le faire parce qu’il ne sert à rien d’avoir plus de temps libre quand on n’arrive plus à boucler ses fins de mois.
Je propose que les heures supplémentaires soient exonérées de charges sociales et même d’impôts parce que tout le monde y gagnera.
Et cela vaut pour les fonctionnaires aussi bien que pour les travailleurs du secteur privé. Le service public y gagnera lui aussi. Qui ne se rend compte que l'hôpital souffre encore des désorganisations qui ont suivi les 35 heures ? Qui pourrait refuser à nos infirmières, à nos aides soignantes qui font un travail extraordinaire et tellement difficile de travailler plus pour gagner plus si elles le souhaitent ?
Mais comment prétendre qu’on veut lutter contre le chômage si on surtaxe le travail ?
Je ne comprends pas comment on peut prétendre rivaliser avec les pays à bas salaires si l’on augmente sans cesse le coût du travail ?
Je ne comprends pas comment on peut prétendre qu’on veut plus de pouvoir d’achat pour les salariés si l’on ne cesse d’alourdir les charges sur le travail ?
Je propose qu’on bascule sur une fiscalité écologique une partie des charges qui pèsent sur le travail.
Je propose qu’on taxe les pollutions plutôt que le travail.
Je propose que toute réforme des prélèvements obligatoires ait désormais pour objectif principal l’allégement de l’imposition du travail parce que dans l’économie mondialisée c’est une nécessité vitale.
Notre droit du travail qui décourage l’embauche sans protéger du chômage est une régression sociale.
Pour supprimer un frein à l'embauche et pour diminuer la précarité, je propose qu’on protège moins les emplois et davantage les personnes, grâce à la création d’un contrat de travail unique, à durée indéterminée, à droits progressifs, plus souple en matière de licenciement économique, et d’une sécurité sociale professionnelle qui sécurise mieux les parcours individuels. Quand on change d'emploi on doit être mieux protégé. Et c'est parce que l'on sera mieux protégé que l'on changera plus facilement d'emploi.
Accepter la logique de l’égalitarisme c'est du socialisme. Et je ne suis pas socialiste.
Il faut sortir de cette logique absurde du nivellement qui tire toute la société vers le bas en l’amputant de tous ses talents, en la privant de ses jeunes les mieux formés, les plus entreprenants, les plus imaginatifs, les plus audacieux.
Il faut sortir de cette politique qui consiste à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Il faut sortir de cette double impasse de la politique qui punit la réussite et de la politique du chacun pour soi.
Depuis 25 ans l'absence d'espoir et le renoncement devant la fatalité démoralise la société.
Depuis 25 ans nous renonçons face à l’exclusion, à la précarité et à la discrimination.
Depuis 25 ans nous échouons face à la pauvreté.
Depuis 25 ans nous nous inclinons devant la crise de l’école et la crise des valeurs.
Depuis 25 ans nous capitulons devant le conformisme et la bonne conscience.
Cette capitulation se cache derrière de grands mots et de grands principes qui servent de paravents aux égoïsmes.
On a capitulé devant l’idéologie de mai 68.
On a capitulé devant la logique de l’assistance.
On a capitulé devant l’immigration non maîtrisée.
On a capitulé devant le communautarisme.
On a capitulé devant une conception formelle et dogmatique de l’égalité.
(…)
Vous pouvez accéder à l’intégralité du discours en cliquant sur ce lien :
http://www.u-m-p.org/site/index.php/ump/s_informer/discours/nous_allons_faire_revivre_l_espoir
Commentaires