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  • : patricksalmon.over-blog.com Chômage, le FIASCO des politiques Balland Essai ; septembre 2006. Ancien directeur d'une agence locale pour l'emploi, Patrick Salmon est syndicaliste à l'ANPE. Contact auteur : patrick.salmon@cegetel.net
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Les ARTICLES de Patrick Salmon

Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 10:19

Dès 1979, le ministère du travail crée les Services du Contrôle de la Recherche d’Emploi. L’inspection du travail contrôle désormais les entreprises et les chômeurs. Ces derniers doivent, en cas de contrôle, démontrer qu’ils ont effectué « des actes positifs de recherche d’emploi ». Les preuves de leur innocence en quelque sorte.

 

En 1991, Michel Charasse lance une campagne contre les « faux chômeurs ». Le ministre du budget déclare qu'il y aurait 700 000 faux chômeurs en France. Incapable de citer ses sources, il est immédiatement repris par Martine Aubry, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle : "il est inadmissible de faire peser la suspicion sur des centaines de milliers de chômeurs qui sont dans des situations difficiles". Toujours est-il que le contrôle des chômeurs est alors renforcé à travers le vote d’un projet de loi relatif à la formation professionnelle et à l'emploi. Les chômeurs doivent désormais accepter des offres d’emplois à temps partiel ou les emplois moins bien rémunérés si la baisse de salaire n’est pas supérieure à 30 % de la précédente rémunération.

 

En septembre 1995, le premier ministre, Alain Juppé, annonce la création d’une mission parlementaire chargée de rechercher les abus perpétrés par les allocataires des différentes prestations du système de protection sociale. Composée de trois parlementaires, dont deux UDF, elle doit traquer la « triche », faire des propositions afin de mettre un terme aux « détournements de procédure » qui « grèveraient l’économie et que nos concitoyens ne supportent plus ». « Fraude au RMI, immigration illégale, faux chômeurs, travail clandestin (…) tout cela doit cesser (...) La chasse aux abus et aux gaspillages est la contrepartie des efforts demandés aux plus aisés » déclare Alain Juppé.

 

Avant 2000, un chômeur avait le droit de refuser une offre d’emploi qui ne correspondait pas à la qualification de son emploi précédent. La convention Unedic de 2000, en instaurant le PARE modifie ce principe en estimant qu’un emploi « acceptable » n’est plus défini par une qualification mais avant tout par des compétences. Cela élargit considérablement les emplois qu’un demandeur d’emploi ne peut pas refuser.

 

En 2003, François FILLON, ministre des affaires sociales explique qu’il faut convaincre les chômeurs d’accepter les postes qu’on leur propose par des mesures d’incitation plus fortes car un chômeur ne peut éternellement refuser les offres d’emploi. François Fillon souhaite opérer le rapprochement ANPE – UNEDIC : il faut que " la même main indemnise et ramène vers l’emploi ". Lors des discussions à l’Assemblée nationale sur la mise en place du Revenu Minimum d’Activité (RMA), le ministre affirme que les français attendent des érémistes une « contrepartie » à l’aide publique, à savoir un « effort d’insertion » et « la recherche d’une activité ».

 

Le 14 janvier 2004, ce même François Fillon reçoit un rapport sur la modernisation du service public de l'emploi. Cet écrit développe une réflexion sur les droits et devoirs des chômeurs. Le rapport Marimbert analyse les difficultés persistantes que soulève la coordination entre les institutions dans le domaine du contrôle de la recherche d'emploi. Il formule une série de propositions pour accroître l'éventail des décisions possibles en matière de retrait du revenu de remplacement. Le rapport donne surtout des chiffres précis permettant de constater que le contrôle de la recherche d'emploi des chômeurs conduit à un nombre faible de sanctions : 2 030 exclusions définitives en 2000 et 1 705 en 2001, soit respectivement 0,09 et 0,08% du nombre de chômeurs indemnisés. Ces dernières sont rares car utilisées uniquement en cas de fraudes graves et avérées : fausse déclaration, cumul d'un emploi et des Assedic… Plus nombreuses sont les radiations temporaires, particulièrement depuis la mise en place du plan d'aide au retour à l'emploi (Pare), suite à la modification de la définition de l’emploi acceptable d’une part, suite à l’importante augmentation du nombre de convocations adressées aux demandeurs d’emplois d’autre part. Fin 2002, première année complète de la mise en œuvre du PARE, le nombre mensuel de radiations varient entre 30 000 et 40 000 soit deux fois plus qu’en 2001. Ces radiations résultent bien plus de non réponses aux convocations de l’ANPE qu’à des fraudes caractérisées. Chacune de ces deux dernières années, en 2004 et en 2005, l’ANPE a effectué un peu plus de 400 000 radiations : 422 073 en 2004 et 417 685 en 2005.

 

Les propos stigmatisant les chômeurs semblent porter dans l’opinion si l’on en croit une étude d’opinion réalisée par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) en décembre 2004 et janvier 2005 auprès de 2000 personnes. Selon cette étude, deux français sur trois souhaiteraient que la durée et le montant des allocations chômage soient réduits. Selon cette même étude, plus de sept Français sur dix seraient favorables à la suppression de toute indemnité aux chômeurs qui, au bout d’un certain nombre de mois, n’accepteraient pas un emploi moins qualifié ou moins rémunéré que celui qu’ils occupaient. Des chiffres qui laissent penser que le chômeur n’est pas d’abord perçu comme une victime.

 

C’est dans ce contexte favorable au renforcement du contrôle de la recherche d’emploi que le gouvernement de Dominique de Villepin adopte, au cœur de l’été 2005, le 2 août, un décret relatif au « suivi de la recherche d’emploi ».

 

La notion de recherche d’emploi est modifiée. Les sanctions contre les chômeurs qui n'ont pas effectué « de manière permanente des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer ou de reprendre une entreprise » sont désormais graduées en fonction de la gravité du manquement. La diminution d'allocations sera de 20 % à 50 % pour des durées de deux à six mois. En cas de refus d’un emploi « valable », l’allocation pourra être diminuée de 20 % ; de 50 % en cas de récidive et en totalité lors d’un troisième refus. La durée des radiations, de 15 jours à un an, est fonction de la gravité des manquements aux règles. Les actes du chômeur sont désormais appréciés aussi en fonction de la situation locale de l’emploi, de « leurs possibilités de mobilités géographiques compte tenu de leur situation personnelle et familiale et des aides à la mobilité qui leur sont proposées ». Autre nouveauté, le refus d’un contrat aidé, d’une offre d’apprentissage, d’un contrat de professionnalisation ou même d’une action d’insertion (une prestation ANPE) peut conduire à une radiation de 15 jours au premier manquement et de deux à six mois si les manquements sont répétés. A travers ces mesures gouvernementales, la définition de l’emploi « valable » ou « acceptable » par un chômeur est, une fois de plus, revue à la baisse. Désormais, le refus d'un emploi s'apprécie aussi en fonction de l'ancienneté dans le chômage et au regard des formations suivies depuis la perte de son emploi.


La politique de « mise au travail » aujourd’hui valorisée renforce et développe les démarches coercitives vis à vis des chômeurs. Rappelons pourtant l’essentiel : les chômeurs ne sont pas les responsables du chômage ! Même si tous les chômeurs passaient leurs journées entières à rechercher un emploi et acceptaient toujours le premier travail proposé, le nombre de chômeurs resterait à peu près identique faute d’emplois en nombre suffisant.

Par Patrick Salmon - Publié dans : Les ARTICLES de Patrick Salmon
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Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /Mai /2008 09:06

« Ces drôles d’offres de l’ANPE » titre « Le Parisien » de ce 3 mai en révélant des propositions d’activités diffusées sur le site anpe.fr. Mais, en l’occurrence, peut-on sérieusement parler d’offres d’emploi ? La rémunération est de misère, de 160 à 320 euros mensuels ! La protection sociale est à négocier ! L’anglais doit être courant et le BTS ou le DUT informatique est exigé ! Pour couronner le tout, on pourrait alors croire à un gag, la rémunération est en ROUPIES (de la roupie de sansonnet ?) pour ces propositions d’activités diffusées en France… Il est vrai que l’activité, elle, s’exercera en Inde. Et le contrat sera de droit local précise aussi l’annonce.

 

Il faut que l’on connaisse très rapidement le nom et la STRATEGIE de la grande entreprise (plus de 5 000 salariés d’après l’annonce) qui demande au service public de l’emploi de diffuser de telles propositions d’activités. La confidentialité due à l’employeur dans le traitement de ses « offres » ne doit pas empêcher un légitime débat public sur les stratégies de grands groupes qui ont et auront de fortes conséquences sur la qualité des emplois proposés. En l’absence de ces informations les pires hypothèses sont permises. Ne s’agit-il pas, par exemple, d’un groupe ayant délocalisé qui cherche aujourd’hui à recruter, à moindre coût, de la main d’œuvre qualifiée dans le pays d’origine ?

 

Rappelons enfin que le rôle du service public de l’emploi n’est pas simplement de diffuser des offres d’emploi. Il est aussi d’agir sur la QUALITE de l’emploi proposé. Cela s’appelle la « négociation de l’offre » et c’est au cœur du métier de conseiller à l’emploi. En quoi, sur quels points précis, les « offres » ci-dessous ont-elles été négociées ?

 

La définition de « l’offre raisonnable d’emploi » est, à partir de ce 6 mai, à l’ordre du jour des échanges entre l’Etat et les partenaires sociaux. Dans ce contexte, Ces rémunérations de misère pour de vrais boulots qualifiés ne peuvent qu’inquiéter. C’est là un symptôme supplémentaire pour une grave maladie qui touche de plus en plus de salariés : la dégradation de la qualité de l’emploi. La précarité et la pauvreté sont les conséquences de cette évolution. La semaine dernière encore, l’ONPES (Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale) constatait, dans son rapport 2007- 2008, « l’augmentation de l’intensité de la pauvreté ». Le rapport de l’ONPES indique que 7 % des salariés, soit 1,7 million de personnes, appartiennent à un ménage dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté, défini comme 60 % du revenu médian, soit 817 euros pour une personne en 2005.

 

 

 

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Par Patrick Salmon - Publié dans : Les ARTICLES de Patrick Salmon
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Jeudi 1 mai 2008 4 01 /05 /Mai /2008 11:34

Interview de Patrick Salmon, salarié de l’ANPE et auteur de Chômage, le fiasco des politiques
http://www.metrofrance.com/x/metro/2008/04/14/ZVaTnV3CigOiI/index.xml?print=1

L’ANPE est-elle, aujourd’hui, en capacité de proposer une offre satisfaisante aux demandeurs d’emploi?
C’est la question essentielle… et la réponse est non. Globalement, l’ANPE ne peut pas faire des offres d’emploi de qualité et bien rémunérées. Après, il faut voir métier par métier, bassin d’emploi par bassin d’emploi. Mais l’approche globale du gouvernement, qui détermine qu’une offre « valable » ce sont deux heures de trajet par jour et au moins 70% de l’ancien salaire, est simplificatrice.

C’est-à-dire?

Je pense à ceux qui sont déjà dans la précarité, en CDD, à temps partiel ou mal payés. Une fois au chômage, va-t-on leur proposer un emploi encore moins bien payé, encore plus loin de chez eux ? De plus, deux heures de trajet par jour dans les grandes villes, ce n’est pas pareil que deux heures de trajet en campagne, où il faut obligatoirement une voiture. Dans ce cas, comment indemniser le travailleur ?

Ce dispositif gouvernemental, c’est donc plus de précarité?
Il manifeste une volonté claire d’aller vers une acceptation forcée d’un emploi précaire. Ce n’est pas cohérent avec le discours sur le pouvoir d’achat et la volonté affichée de l’augmenter. De plus, cette approche coercitive laisse entendre que les chômeurs sont responsables du chômage. Or, y a-t-il un emploi pour tous les chômeurs là où ils vivent ? Non ! 

Quel est le but du gouvernement?
Le pouvoir a affiché un objectif de 5% de chômeurs en 2012. On sait qu’une bonne partie des chômeurs ne sont pas inscrits à l’ANPE, et qu’ils ne sont pas comptabilisés dans les statistiques. Sanctionner, radier ou obliger quelqu’un à prendre un emploi loin de chez lui et mal payé, ce sont autant de manière de faire baisser les chiffres. 

Comment aider les chômeurs à retrouver un emploi?

Organiser pour les demandeurs d’emploi des formations professionnelles qualifiantes, renforcer l’accompagnement –y compris individualisé. De plus, il ne faut pas rester sur des niveaux d’indemnisation aussi faibles. Si un chômeur perçoit une allocation top faible, il tombe dans la précarité, et il risque de sortir du système. Un bon niveau d’indemnisation maintient le chômeur dans une dynamique et peut l’inciter à vite retrouver un emploi. 

Par Patrick Salmon - Publié dans : Les ARTICLES de Patrick Salmon
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Jeudi 26 juillet 2007 4 26 /07 /Juil /2007 17:46

NOUVELOBS.COM | 26.07.2007 | 15:33  et CHALLENGES.FR
"Trois questions à..." Patrick Salmon, auteur de "Chômage, le fiasco des politiques"  (Balland, 2006)

Les Echos
annoncent aujourd'hui que 42.000 chômeurs ont fait l'objet de sanctions en 2006, un chiffre en très forte augmentation. Comment l'expliquer ?
- Ces chiffres ne me surprennent pas.
Le premier constat à faire est qu'ils concernent un nombre très faible de chômeurs, à peine 2%. L'explosion du nombre de sanctions (qui concernaient environ 2.000 chômeurs en 2000 et 2001) naît des effets des textes.
D'abord, elle correspond à l'explosion du nombre de convocations qui a découlé du suivi mensualisé des chômeurs au 1er janvier 2006. Quand on envoie plus de convocations, il y a forcément plus de gens qui ne viennent pas, et donc plus de gens qui font l'objet d'une sanction.
La deuxième explication est la graduation des sanctions introduite par le décret du 2 août 2005 sur la recherche d'emploi. Avant, le retrait des allocations était total: le fait de moduler les sanctions à conduit à les appliquer beaucoup plus souvent.
Le décret a également fait évoluer la notion d'emploi "acceptable" qui, au début des années 2000, était défini par la qualification, alors qu'il l'est maintenant par la notion beaucoup plus large de compétences.

Ces derniers jours, la CGT a interpellé le gouvernement sur une augmentation des radiations "abusives". Partagez-vous ce constat, ainsi que celui du collectif Les Autres Chiffres du Chômage (ACDC), selon qui l'augmentation des radiations a pour but délibéré de diminuer le taux de chômage ?
- La CGT a cité une quinzaine de cas de radiations "abusives", et je ne vois pas quelles conclusions on peut tirer d'un tel nombre. Il est certain que, quand on met en place une procédure de convocations massives, on peut trouver une quinzaine de cas où la lettre de convocation n'est pas arrivée.
En revanche, je partage totalement les analyses du collectif ACDC. Je ne suis pas critique a priori sur la procédure de suivi mensuel des chômeurs (même s'il est moins pertinent pour certains, plus autonomes dans leurs recherches, que pour d'autres), mais il faut comprendre quel était l'objectif de cette mécanique: en 2005, Dominique de Villepin pensait être candidat à l'élection présidentielle et voulait donc afficher les meilleurs résultats possibles sur la "catégorie 1" des chômeurs [personnes immédiatement disponibles cherchant un CDI à temps plein, ndlr].
Ce suivi mensualisé est devenu une "arme atomique" qui peut faire disparaître beaucoup de gens, même pendant un mois seulement, des statistiques.
Aujourd'hui, ce chiffre du chômage ne reflète plus rien, n'est plus pertinent pour construire une politique. Il ne conduit qu'à l'obsession du court terme et ne dit rien de la précarité, de l'emploi "inadéquat".
Il faut sortir de ce fétichisme du chiffre, et le gouvernement partage d'ailleurs cette analyse puisqu'il a lancé une mission sur le sujet. J'ai cependant une crainte: il dit viser 5% de chômeurs, et la tentation peut être de travailler plus sur l'indicateur que sur la réalité.

Le gouvernement souhaiterait fusionner l'ANPE et l'Unedic, mais ce projet suscite apparemment des réticences en interne. Pensez-vous qu'il serait susceptible d'améliorer l'efficacité du service public de l'emploi ?
- L'essentiel n'est pas là. Ce n'est pas parce qu'il y aura ou non une fusion que l'efficacité du service public de l'emploi sera plus ou moins grande.
J'ai malgré tout une inquiétude sur l'approche "financière" ou "mercantile" qui peut en découler, alors que déjà la moitié des chômeurs ne sont pas indemnisés.
Le risque est de sélectionner les "chômeurs rentables", ou de continuer à confier, comme cela existe déjà, l'accompagnement à des organismes privés afin de réaliser un bénéfice.


Propos recueillis par Jean-Marie Pottier (le jeudi 26 juillet 2007)
Source :
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/3_questions_a/20070726.OBS8267/le_suivi_mensuel_estune_arme_atomique.html
http://www.challenges.fr/actualites/business/20070726.CHA8238/le_suivi_mensuel_des_chomeurs_est_une_arme_atomique.html

Par Patrick Salmon - Publié dans : Les ARTICLES de Patrick Salmon
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Vendredi 29 juin 2007 5 29 /06 /Juin /2007 14:43

Alors que les chiffres du chômage du mois de mai sont publiés ce jeudi 28 juin le gouvernement dit vouloir «faire toute la transparence sur les chiffres du chômage»; tel est en effet l’objectif d’une mission confiée par Matignon à l’Inspection générale des finances (IGF) et à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS).

       Le rapport des experts, remis fin juillet, devra « faire le point sur les modalités de calcul des chiffres du chômage ». Ce document devra aussi « dresser un état des lieux des concepts et méthodes d’évaluation en vigueur, en apprécier la fiabilité et, le cas échéant, formuler des propositions »... Par ailleurs, en souhaitant la suppression de la « dispense de recherche d’emploi », Nicolas Sarkozy est implicitement prêt à ne plus utiliser l’une des techniques du camouflage statistique des chômeurs aujourd’hui en vigueur. La dispense de recherche d’emploi permet de masquer plus de 400 000 chômeurs âgés de plus de 55 ans. Enfin, Nicolas Sarkozy propose aussi de supprimer le dispositif des préretraites. Ce dispositif concerne environ 33 000 personnes.

 

 

 

       Pour une surprise, c’est une vraie surprise... Contrairement à Ségolène Royal, le candidat Nicolas Sarkozy ne s’était finalement pas prononcé pour l’évolution de la statistique médiatisée du chômage. De plus, en affichant un objectif de 5 % de chômeurs (situation qualifiée de plein emploi par Nicolas Sarkozy), rien n’indiquait que Nicolas Sarkozy allait demander des évolutions concernant les indicateurs du chômage. En effet, l’actuelle et fameuse catégorie 1 des demandeurs d’emplois est l’indicateur idéal pour rendre invisible nombre de chômeurs. Pourquoi donc en changer ? Peut-être tout simplement parce que la polémique sur la fiabilité des chiffres du chômage français n’est plus seulement hexagonale : en mars dernier, l’office statistique européen Eurostat évaluait notre taux de chômage 2006 à 9,4 % au lieu des 9 % vantés par le gouvernement Villepin. Cette réévaluation faisait suite à l’annonce du report de l’Enquête emploi de l’Insee. Depuis des chiffres assez divers circulent quant au taux de chômage 2006.

 

 

 

            Il faut aussi constater que la polémique continue en France et même elle s’étend. Début juin, l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), elle rassemble plus de 250 journalistes, réclamait la publication de toutes les catégories de demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE. Le 13 juin, c’est l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui évaluait le taux de chômage actuel à 8,9 % et non à 8,2 % comme annoncé par le gouvernement. Notons enfin que le récent changement du ministre en charge de l’annonce des chiffres du chômage est aussi un élément favorisant une évolution des indicateurs.

 

 

 

Dans ce contexte, rappelons ici quelques propositions qui, espérons-le, pourraient caractériser ces évolutions :

- Arrêter la publication mensuelle d’un chiffre à partir des seules données administratives fournies par l’ANPE. Ce chiffre, en soi, ne dit rien de sérieux sur la réalité du chômage et il induit de nombreux commentaires sur des évolutions d’un mois à l’autre qui sont finalement souvent bien peu significatives. Il vaut mieux privilégier la médiatisation des données contenues dans l’enquête emploi de l’INSEE, une étude réalisée chaque trimestre au travers d’entretiens avec 75 000 personnes. Cette enquête donne des informations sur l’emploi et sa qualité qui sont indispensables pour interpréter les évolutions du chômage

- Publier des indicateurs de l’activité, et tout particulièrement, le solde des créations / destructions d’emplois.

- Publier des indicateurs de « l’emploi inadéquat » permettant de quantifier des phénomènes aussi divers que la précarité, le déclassement, la sous-rémunération ou même les conditions de travail. « Ces nouveaux indicateurs sont indispensables pour mettre fin aux politiques de l’emploi qui ont privilégié depuis trente ans les contrats aidés avec des bas salaires et des contrats flexibles » estimait, en mai dernier, Thomas Coutrot, du collectif ACDC lors des « Etats généraux des chiffres du chômage et de la précarité ».

- Publier des indicateurs de pauvreté : le phénomène des « travailleurs pauvres » s’est développé ces dernières années et il est désormais une donnée importante de la réalité sociale du pays.
           Cette palette d’indicateurs publiés simultanément constituerait une véritable « station météo de l’emploi, de l’activité et des précarités » reflétant au mieux la réalité concernée dans sa plus grande exhaustivité. Une station météo particulièrement pertinente pour des décideurs politiques enfin débarrassés de l’obsession du sacrosaint court terme statistique.

Par Patrick Salmon - Publié dans : Les ARTICLES de Patrick Salmon
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Mercredi 30 mai 2007 3 30 /05 /Mai /2007 22:39

Donc la présidence Sarkozy sera une présidence absolue… « Il veut tout contrôler, tout diriger (…) Il veut tout dévorer, tout absorber, tout broyer, tout digérer » affirme François Hollande lors du meeting socialiste au Zénith de Paris ce mardi soir. Face à ce pouvoir vorace, pas de doute, le chômage va rapidement disparaître… Pourquoi ? Mais tout simplement parce que Sarko nous l’a promis… Le taux de chômage sera bientôt de 5 % et le temps de la France du plein emploi sera enfin là. D’ailleurs, ça commence déjà…Le chômage commence d’être englouti… Les médias nous le ressassent depuis hier soir : le taux de chômage, en baisse de 0,1 %, s’établit à 8,2 % à la fin du mois d’avril ; le nombre de chômeurs de catégorie 1 est désormais de 2 011 300. Le mois prochain, promis juré, on passe sous la barre symbolique des 2 millions. Et là, grosse opération de com à prévoir, le « travailler plus pour gagner plus » produit déjà ses effets… Le travail est revalorisé et le Sarko tout excité est au vingt heures de TF1 pour célébrer l’événement…

Et pendant ce temps là se tiennent des « Etats généraux des chiffres du chômage et de la précarité ». C’était ce mardi après midi à Paris. C’était organisé par le collectif ACDC (Les autres chiffres du chômage), par des syndicats du ministère de l'Emploi, de l'Insee et de l'ANPE, et par des associations de chômeurs (AC!, MNCP). On y a entendu des propos qui ne s’inscrivent pas vraiment dans le sarkozysme ambiant. Florilège.

« Le taux de chômage est un indicateur de moins en moins pertinent pour juger de l'efficacité du marché de l'emploi  en raison d’une porosité croissante entre le chômage et d'autres catégories comme les Rmistes ou les personnes en invalidité » affirme, en substance, Raymond Torrès, économiste à l'OCDE. « Il faut arrêter de publier ces chiffres tous les mois et se concentrer sur les statistiques trimestrielles de l'enquête Emploi de l'Insee » surenchérit Esther Duflo, économiste au MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui enfonce le clou : « Les évolutions mensuelles n'ont pas grand chose à nous dire sur l'efficacité des politiques publiques, mais dépendent surtout de variations saisonnières et d'évolutions macroéconomiques (…) L'attention portée à ce chiffre tous les mois conduit les hommes politiques à décider des actions qui vont avoir un effet immédiat, même s'ils savent que ce ne sont pas les bonnes politiques ».

La plupart des intervenants de ces « Etats généraux » ont contesté l'intérêt d'une publication des chiffres du chômage tous les mois et ils ont dénoncé les effets pervers d'un "bruit médiatique" mensuel qui ne dit rien, entre autres, de la précarisation de l'emploi ou de sa rémunération.

Ces contestataires ont proposé une alternative : il s’agit de faire de l’enquête Emploi de l’INSEE « le pivot de l'information statistique en matière de chômage ». Rappelons que les chiffres du chômage publiés mensuellement sont issus des demandeurs d'emplois inscrits à l'ANPE, tandis que l'enquête Emploi de l'Insee, réalisée chaque trimestre, repose sur des entretiens avec 75.000 Français sur la base de la définition du taux de chômage du BIT (Bureau international du Travail). Cette enquête emploi est « la seule source permettant de fournir simultanément les informations sur l’emploi et sa qualité qui sont indispensables pour interpréter les évolutions du chômage » affirme le communiqué de presse diffusé par ACDC. 

Plusieurs intervenants ont proposé la création de nouveaux indicateurs visant à quantifier et à qualifier des phénomènes aussi divers que le déclassement, la précarité, la sous rémunération où même les conditions de travail. L’ensemble de ces données permettrait de mesurer l’emploi inadéquat. « Ces nouveaux indicateurs sont indispensables pour mettre fin aux politiques de l'emploi qui ont privilégié depuis 30 ans les contrats aidés avec des bas salaires et des contrats flexibles » estime Thomas Coutrot, du collectif ACDC. Pour lui, « la réticence des cabinets ministériels à faire évoluer le calcul du chômage tient au fait que les ministres n'ont pas envie d'être jugés sur la hausse des indicateurs de précarité, quelques mois après avoir fait baisser ceux du chômage ». La réussite de la communication n’a vraiment pas de prix…

« Quels indicateurs pour quelles politiques publiques ? » interrogeait la dernière table ronde des Etats généraux… Là, le vrai problème c’est que Nicolas Sarkozy a déjà répondu à cette question. Il l’a SON indicateur au service de SA politique. C’est même l’indicateur idéal… Il s’agit tout simplement de l’actuelle catégorie 1 des demandeurs d’emploi qui permet de rendre invisible nombre de chômeurs. Un indicateur aisément malléable dont l’efficacité n’est plus à prouver. S’il n’existait pas déjà, Nicolas Sarkozy l’aurait sans doute inventé cet indicateur rêvé… Nul doute qu'en continuant à médiatiser des statistiques arrangées ne correspondant pas à la réalité, il sera aisé d'afficher bientôt 5 % de chômeurs et donc... le plein emploi !

Par Patrick Salmon - Publié dans : Les ARTICLES de Patrick Salmon
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Jeudi 17 mai 2007 4 17 /05 /Mai /2007 15:56

François Fillon, le nouveau Premier ministre, était ministre de l'Emploi et des Affaires sociales de mai 2002 à avril 2004. Lorsque François Fillon arrive au ministère le chômage est officiellement de 9,1 %, soit 2 221 700 demandeurs d’emploi. Lorsqu’il quitte ses fonctions les statistiques officielles indiquent un taux de chômage de 9,8 %, soit 2 430 700 demandeurs d’emploi. François Fillon ministre de l'Emploi, c'est, selon les chiffres officiels, plus de 200 000 chômeurs de plus en moins de deux ans.

« L’emploi, c’est ma préoccupation première, c’est la priorité nationale », affirmait alors le premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, le 23 novembre 2003, sur Europe 1. Les emplois jeunes étaient supprimés et c’est un virage libéral de la politique de l’emploi qui était mis en œuvre. La droite se voulait déjà décomplexée et elle allait déjà faire passer le retour à l’emploi avant l’assistanat. « Il faut prendre un certain nombre de mesures pour convaincre [les chômeurs] d’accepter les postes qu’on leur propose », lançait François Fillon dans Les Échos du 20 novembre 2003. Personne ne peut ignorer « la grogne qui monte de plus en plus dans l’opinion publique au regard de certains chômeurs qui ne souhaitent pas reprendre un emploi », insistait le ministre, le même jour, sur France Inter. Le chômeur, dans les discours et les interviews de François Fillon, n’était alors très souvent qu’un assisté social, c’est-à-dire le contraire d’une victime. À l’inverse, l’entreprise était considérée comme vertueuse ; elle ne pouvait produire de l’exclusion humaine. Cette entreprise était parfois elle-même une victime lorsqu’elle n’arrivait pas à trouver de salariés pour satisfaire ses offres d’emploi… On parlait alors du scandale des 300 000 offres d’emploi non satisfaites. Personne ne parlait du scandale des demandes d’emploi non satisfaites de plus de 3 millions de chômeurs… C’est pourtant bien le « droit à l’emploi » qui est inscrit dans le préambule de la Constitution.

Fin 2003, François Fillon fixait pour objectif de réduire d’un tiers, au cours de l’année 2004, les offres d’emplois non satisfaites. Mais il n’était pas alors question de s’interroger sur la faiblesse des salaires ou sur les lamentables conditions de travail existant parfois dans ces secteurs d’activités qui peinent à trouver de la main d’oeuvre… Pour François Fillon, c’est au demandeur d’emploi qu’il faut s’intéresser… en l’indemnisant moins et en le contrôlant plus… L’ASS (Allocation de Solidarité Spécifique), ce minimum social que touchent les chômeurs n’ayant plus aucun autre droit indemnitaire, sera donc limitée à deux ans au plus : « On ne peut indemniser le chômage indéfiniment », déclarait François Fillon. Les sommes dévolues à l’ASS sont dès lors abaissées de 43 % par rapport au montant voté dans le budget initial de 2002 sous le gouvernement de Lionel Jospin. Quant au contrôle de la recherche d’emploi, le ministre envisageait la mise en place d’un système d’indemnisation des chômeurs gradué en fonction des efforts qui sont faits pour retrouver un emploi. Il s’agissait de traquer les chômeurs qui se seraient installés dans l’assistanat et de les ramener vers l’activité. C’est à ce moment-là que le RMI devenait RMA ! Le revenu minimum d’activité devait se substituer progressivement au revenu minimum d’insertion, mais pour le toucher, il fallait et il faut avoir une activité… L’opération permettait surtout à l’État de se débarrasser de ce dispositif en le refilant en totalité aux conseils généraux.

Cette approche libérale pariait sur la fluidité et l’activité du marché du travail pour résorber le chômage. Ce choix idéologique signifiait également moins d’État et moins de financement public alloué à la politique de l’emploi. L’évolution des budgets concernant les emplois partiellement financés par l’État permet de mesurer l’ampleur de cette politique. Si on compare les sommes votées pour 2004 à celles qui ont été votées pour le budget initial de 2002 (le dernier préparé par le gouvernement Jospin), il apparaît que le budget consacré aux emplois-jeunes a été divisé par deux. Ces derniers disparaîtront par la suite, et la somme consacrée au financement des CES (Contrats Emploi Solidarité) diminue de 47 %. Le montant dévolu au financement des préretraites est lui aussi en baisse de 47 %. A contrario, le gouvernement trouve de l’argent pour exonérer les entreprises de certaines de leurs cotisations sociales ; le budget est, là, en hausse de 12 %. Dans cette même logique, 416 millions d’euros sont prévus pour financer des contrats jeunes en entreprise. Ces contrats, créés à la rentrée 2002, consistent en des baisses de charges pour les entreprises employant des jeunes peu formés. Au total, le budget du ministère de l’Emploi et des Affaires sociales est en baisse de 7 %.

« Chômage et précarité : le choc du 1er janvier 2004 », titrait Le Monde, à la Une , le 30 décembre 2003. Un article où l’on peut lire que « 2004 sera une année dure pour les chômeurs et les précaires. Dès le 1er janvier, au moins 180 000 demandeurs d’emploi vont basculer en fin de droits en raison de l’application du plan de redressement de l’Unédic. Le même jour entrera en vigueur la réforme de l’ASS versée par l’État aux chômeurs qui ne sont plus indemnisés par le régime d’assurance chômage. Ce minimum social, qui concerne 372 000 personnes, sera désormais versé sur une durée limitée… »

Choc social… Les termes du quotidien du soir étaient particulièrement bien choisis. La réforme du régime d’assurance chômage conduisait alors à indemniser, dès 2004, moins de la moitié des chômeurs. De plus ces indemnités étaient souvent peu élevées : selon les statistiques de l’Unédic de juin 2003, 50 % des chômeurs perçoivent alors moins de 1 097 euros par mois, 10 % moins de 510 euros, et 5 % moins de 382 euros. À compter du 1er janvier 2004, les chômeurs qui relèvent désormais du RMI recevaient mensuellement 411,70 euros (pour une personne seule), et les « bénéficiaires » de l’ASS touchaient alors mensuellement 406,80 euros.

Lorsque François Fillon était ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, le chômage a crû si rapidement que, contrairement à son intention, le gouvernement n’a finalement pas pu totalement renoncer au « traitement social » du chômage. Après le désastre électoral de la droite aux élections régionales de 2004, et face à l’inexorable montée du nombre de chômeurs, François Fillon s’en allait à l’Éducation nationale et c’est Jean-Louis Borloo qui s’installait aux commandes du ministère de l’Emploi et de la Cohésion sociale…

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Lundi 23 avril 2007 1 23 /04 /Avr /2007 23:26

Les chiffres officiels du chômage devraient être publiés ce mercredi soir. Jeudi dernier, des statisticiens du ministère de l’emploi se rassemblaient devant la tour Mirabeau qui abrite à Paris la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Sortant de leur habituel devoir de réserve, ces spécialistes demandent la non publication des chiffres entre les deux tours de l’élection présidentielle et la tenue « d’Etats généraux des chiffres du chômage »… Qui aurait pu imaginer, il y a seulement quelques semaines, pareille manifestation ? Comment cette question a-t-elle pu être finalement présente dans le débat au cours de l’actuelle campagne présidentielle ? Quelles sont les positions des candidats à la magistrature suprême sur ce sujet ? 

Depuis un an, plusieurs ouvrages et actions ont porté dans l’espace public la question de la fiabilité des statistiques du chômage. Au printemps 2006 ; une conseillère de l’ANPE, Fabienne Brutus, écrit Chômage, des secrets bien gardés. La vérité sur l’ANPE (éditions Jean-Claude Gawsewitch). Dans ce succès d’édition, Fabienne Brutus présente au grand public les huit catégories de chômeurs et les astuces utilisées pour afficher dans les médias un nombre de chômeurs ne reflétant aucunement la réalité du chômage et de la précarité. A l’automne, c’est l’instrumentalisation politique des chiffres du chômage qui est décryptée dans Chômage, le fiasco des politiques (éditions Balland). Cet ouvrage défend aussi la création d’une véritable « station météo de l’emploi et de l’activité » basée, entre autres, sur des indicateurs d’activité et de pauvreté. Enfin, depuis la fin de l’année 2006, un collectif de syndicats et d'associations réussit à faire vivre ce même débat. Les Autres Chiffres Du Chômage (ACDC) plaide pour des indicateurs mesurant l'évolution réelle du marché du travail alors que moins d'un chômeur sur deux est indemnisé par l'assurance chômage. 

Un fait majeur va contribuer à installer ce débat dans la campagne électorale. Il s’agit du report à l’automne prochain de la publication de l’enquête emploi habituellement publiée par l’Insee chaque mois de mars. Cette enquête laisse apparaître un taux de chômage à 9,8 % en 2006. Ce taux, non validé par l’Insee, est bien éloigné de celui affiché par le gouvernement à partir des données fournies par l’ANPE : 8,4% soit 2,06 millions de chômeurs à fin février 2007. Un taux aussi bas n’a jamais été vu depuis 25 ans. Enfin, Eurostat, l'office européen des statistiques, estime le taux français à 8,8% à fin février 2007 et à 9,4 % pour 2006. Une telle diversité de chiffres et de tels écarts suffisent pour exiger la médiatisation régulière de nouveaux indicateurs. La question n’a rien d’anecdotique puisque ce changement d’indicateurs pourrait permettre de sortir enfin de l’obsession du sacrosaint court terme statistique qui caractérise, depuis trente ans, les politiques conjoncturelles de lutte contre le chômage. Une obsession qui conduit à tout faire pour afficher, chaque mois, un chiffre du chômage à la baisse quitte à sortir des chômeurs des listes officielles même s’ils n’ont pas retrouvé un emploi. 

A quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, les positions de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy sur cette question sont opposées. 

Dans une réponse adressée au syndicat SNU ANPE, Ségolène Royal indique que « la mesure du chômage devra être modifiée pour faire cesser les manipulations auxquelles nous assistons ». Plusieurs proches de la candidate se sont prononcés en faveur d’une telle évolution. Retenons ici l’intervention de Jean-Marc Ayrault qui, le 6 mars dernier, écrit au Premier ministre : « Les chiffres statistiques ne doivent souffrir d'aucun soupçon. Les raisons invoquées pour justifier le contretemps dans la publication statistique de l'Insee, ne sont pas recevables ». Le PS souhaite « une présentation, chaque mois, de l'ensemble des catégories de chômeurs (…) que les salariés licenciés économiques bénéficiant de conventions de reclassement ou de contrat de transition soient réintégrés dans les statistiques, que les chômeurs âgés soient comptabilisés comme demandeurs d'emplois » demandent aussi les socialistes» 

Nicolas Sarkozy, lui, n’a pas répondu au SNU ANPE. Le candidat issu de l’UMP ne conteste plus la pertinence des actuelles statistiques du chômage : « si les chiffres du chômage augmentaient, personne ne contesterait la réalité des statistiques. Il se trouve que ça baisse et à ce moment-là, comme toujours en France, on veut casser le thermomètre » ( La Tribune du 3 avril 2007). Une position exactement opposée à celle qu’il défendait, l’été dernier, dans son ouvrage Témoignage (XO éditions) où il critiquait sans nuance la statistique du chômage : « Le risque de chômage ressenti par les Français est d’ailleurs bien supérieur à 10 %. Si l’on ajoute au nombre officiel de chômeurs, tous ceux qui sont artificiellement sortis des statistiques du chômage (inscrits à l’ANPE mais dans des catégories non comptabilisées comme du chômage, bénéficiaires du RMI non inscrits à l’ANPE, seniors dispensés de rechercher un emploi, contrats aidés) et si l’on isole le secteur public (5,2 millions de fonctionnaires et personnes assimilées) pour lequel il n’y a pas de risque de chômage, on aboutit en réalité à un taux de chômage de 20 %. Il faut rapporter en effet le nombre de chômeurs à la taille du marché sur lequel ils cherchent un travail, c’est-à-dire à la taille de l’emploi privé. C’est ce qui explique ce sentiment important de précarité ». 

L’objectif de Nicolas Sarkozy est le plein emploi pour 2012. Le plein emploi se situant, pour Nicolas Sarkozy, à 5 % de chômeurs. Nul doute qu’en continuant à médiatiser des statistiques arrangées ne correspondant pas à la réalité, il sera aisé d’atteindre rapidement 5 % de chômeurs et… 15 millions de pauvres !

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Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /Mars /2007 21:13

L’ensemble des organisations syndicales, une première depuis 1991, appelle les agents de l’ANPE à la grève ce jeudi 29 mars. Une grève qui s’annonce bien suivie. Une grève très symptomatique du profond malaise qui atteint les salariés d’un établissement en plein bouleversement… Des salariés qui ne cessent d’être soumis aux injonctions souvent paradoxales des gouvernements successifs.

Le malaise c’est d’abord la crise de sens qui touche aujourd’hui l’ANPE. Le malaise, c’est aussi la crise d’identité professionnelle qui atteint de nombreux salariés de l’établissement public… L’ANPE, c’est un service dit public de l’emploi qui oriente chaque jour des demandeurs d’emplois vers… ses concurrents ! Dans quel autre secteur d’activité a-t-on connu pareille injonction paradoxale ? On demande désormais aux agents publics de trier des demandeurs d’emplois suivant leur durée et leur niveau d’indemnisation : les opérateurs privés ne sont en effet intéressés que par les « chômeurs rentables », c’est à dire ceux dont l’indemnisation est suffisante pour réaliser des profits. On imagine aisément le malaise provoqué par cette approche strictement pécuniaire… Une approche se situant à mille lieues des valeurs de nombreux agents publics encore et toujours attachés à un service aux des usagers déconnecté des éléments d’ordre pécuniaire. Comment cela est-il possible ? Les opérateurs privés répondent aux appels d’offres de l’Unédic qui est le financeur de ces opérations ; l’Unédic qui est aussi le « partenaire privilégié » de l’ANPE et surtout, de plus en plus, son financeur ! Alors quand votre financeur vous donne des ordres…

Le malaise découle aussi de l’absurdité des politiques publiques de lutte contre le chômage qui sont mises en œuvre depuis trois décennies. Les injonctions sans sens des gouvernements successifs n’ont jamais cessé… Les politiques devaient agir face à ce chômage médiatisé qui ne cessait de croître… Ils ont donc agi ! Tous les pouvoirs ont créé des nouvelles mesures afin de lutter contre le chômage. Avec le succès que l’on sait ! Mais les mesures se sont empilées formant un tout bien plus caractérisé par sa sédimentation que par son efficacité dans la lutte contre le chômage. Très vite, la seule priorité non dite des gouvernants est simplement l’affichage d’un chiffre épuré du chômage qu’ils auraient toujours voulu voir à la baisse… Et là se multiplient les dispositifs visant à sortir les chômeurs de la catégorie 1 des chômeurs, celle qui est médiatisée. Les agents de l’ANPE se sont toujours adaptés aux diverses mesures de ces traitements statistique et social (emplois aidés) qui ont désormais montré toutes leurs limites. Espérons que le temps viendra bientôt d’une approche totalement renouvelée de l’accompagnement des demandeurs d’emplois. Une approche qui apparaît enfin au travers des débats sur la sécurité sociale professionnelle. Il y a en effet une responsabilité collective à faire en sorte que les transitions professionnelles soient enfin sécurisées. Cela est essentiel au moment même où la notion traditionnelle de carrière (une seule entreprise où l’on progresse régulièrement) est remise en cause.

Le malaise découle enfin de l’image de l’Agence. L’agence serait inefficace… Pour faire des économies, il faut la fusionner avec l’Unédic clame Nicolas Sarkozy. Le mauvais fonctionnement du service public de l’emploi serait même responsable du chômage ose affirmer un rapport à paraître du Conseil d'orientation pour l'emploi (COE)… Dans ce contexte, il faut rappeler quelques réalités.

L’ANPE reçoit tous les demandeurs d’emplois et tous les responsables d’entreprises qui le souhaitent. L’ANPE est le seul acteur du placement à ne pas trier et choisir ses usagers. Elle s’intéresse et accompagne nombre de chômeurs non indemnisés. Ce traitement de masse n’est bien évidemment pas sans conséquence : plusieurs agents ANPE ont près de 200 demandeurs d’emplois dans leurs portefeuilles de suivi mensuel alors que les opérateurs privés ne dépassent généralement pas la cinquantaine de chômeurs suivis par salarié.

Il est aussi essentiel de rappeler que le placement n’est qu’une partie de l’activité des ANPE. Prospecter des offres d’emplois, réussir des recrutements en nombre, travailler sur le projet professionnel à travers une démarche d’orientation… Telles sont aussi les activités quotidiennes de l’ANPE. Des activités peu voire pas valorisées. D’ailleurs, lorsque les opérateurs privés n’arrivent pas à réaliser le placement d’une personne, ils se tournent souvent vers… l’ANPE ! Des opérateurs qui ont certes quelques activités communes avec l’ANPE mais des opérateurs qui, c’est certain, ne connaissent pas l’exhaustivité du métier de conseiller à l’emploi.

L’ANPE n’a donc pas fini de faire parler d’elle. Elle doit bien évidemment évoluer. Elle se soit aussi d’être pleinement efficace. Mais la légitimité et la nécessité d’un service public de l’emploi auprès des privés d’emplois devraient être une évidence pour tous. Une ANPE qui devrait être le cœur de la mise en œuvre des nouvelles solidarités dans notre société de demain.

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Dimanche 18 mars 2007 7 18 /03 /Mars /2007 18:17

A moins de cinq semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Ségolène Royal doit s’emparer pleinement des questions sociales pour les placer enfin au cœur de sa campagne. Débarrassée de nombreux dogmes la candidate socialiste a des propositions souvent originales sur ces questions : la sécurité sociale professionnelle, le revenu de solidarité active…. Mieux encore, Ségolène Royal est la seule à vouloir sortir de « l’Etat minimum » en prônant un rééquilibrage global entre le capital et le travail (ce dernier doit être moins taxé que le capital). Ces propositions sont en rupture avec celles de ses principaux concurrents, que ce soit avec le libéralisme échevelé de Nicolas Sarkozy, avec la préférence nationale de Jean-Marie Le Pen ou encore avec le libéralisme balladurien de François Bayrou. De plus, l’actualité, ne serait-ce qu’à travers l’annonce des nombreux plans sociaux et les polémiques autour des statistiques du chômage, fournit de nombreux faits permettant de mettre cette thématique dans la campagne… Cette fois, la gauche n’a que des intérêts à faire le précédent choix car, on le sait, les faits sociaux majeurs pèsent dans les campagnes électorales : Renault Vilvoorde en 1997, l’entreprise Lu en 2002…

 

 

 

« Chômage français, la véritable ampleur des dégâts », tel était le thème d’un débat, le 12 mars sur France Culture, dans l’émission « Du grain à moudre ». En sortant de la Maison de la radio, je m’interroge : comment peut-on avoir une telle « ampleur des dégâts » et une gauche en campagne électorale qui exploite insuffisamment cette réalité là ?

 

 

Certes la candidate socialiste a été la première a intervenir vigoureusement, par exemple, sur le dossier Airbus – EADS. « Non seulement l’Etat peut faire mais doit faire !» affirme la nouvelle Jeanne d’Arc de l’aéronautique en défendant un plan comprenant la recapitalisation d'EADS par l'Etat français et en appelant l’Etat, les régions et toutes les forces politiques françaises à « faire bloc » pour défendre la filière aéronautique. La candidate insiste sur le volontarisme politique en prenant pour modèle l'Europe du Nord : « le moment est venu d'accomplir une révolution dans la gouvernance des entreprises et que les salariés siègent aux conseils d'administration pour tirer la sonnette d'alarme et forcer les dirigeants à anticiper (…) L'enjeu de cette élection présidentielle repose sur un choix clair : un Etat impotent, impuissant ou au contraire, un Etat fort qui assume ses responsabilités ». Ces propos ont vraiment porté face à l’annonce de la fermeture de deux sites et la suppression de 10 000 postes. Ségolène Royal a été leader sur ce dossier et, ensuite, seulement ensuite, les autres acteurs politiques se sont positionnés, souvent avec un impact moindre que Mme Royal même quand ils la critiquaient fortement. Seul problème : ce leadership n’a duré que quelques jours…

 

 

 

Autre exemple : après avoir rencontré à Rennes des salariés d'Alcatel-Lucent, groupe qui annonce le 14 février dernier la suppression de 1 468 emplois en France, Ségolène Royal rencontre, à Caen, les Moulinex… C’est à dire les victimes du plan social de 2001 qui laissa plus de 3 200 personnes sans emploi. « C'est elle qui a demandé à nous rencontrer parce que le dossier Moulinex est un dossier emblématique, avec 3.000 salariés qui perdent leur emploi en un jour » explique un chômeur qui fut l'un des représentants syndicaux les plus actifs lors du plan social. Il faut que les « sans-voix, les gens qu'on appelle le petit peuple puissent être reconnus à travers vous et écoutés », demande une ancienne salariée à la candidate. « Vous le serez! J'ai entendu ce message, ce cri », promet Ségolène Royal qui, quelques jours plus tard, invite une ancienne salariée du groupe électroménager sur Canal +, dans « Le vrai journal », le 9 mars. La séquence a un fort impact. Mais là encore, la thématique, majeure pour la gauche, apparaît insuffisamment exploitée.

 

 

 

Il faut donc que la campagne rebondisse sur les questions sociales. Quelques pistes….

 

 

Les statistiques du chômage… « Le chômage ne baisse que dans les statistiques » dit et répète François Hollande … Là aussi, la candidate doit aller au-delà des constats et faire des propositions : s’engager à afficher et à médiatiser régulièrement, non plus la catégorie 1 des chômeurs qui ne veut plus rien dire, mais une série d’indicateurs sur l’activité, la pauvreté et le nombre total des personnes privées d’emplois ou en situation de sous emploi.

 

 

Les créations d’emplois… L’échec de la droite sur ce terrain est flagrant : 192 000 créations nettes d’emplois en 2006 contre, par exemple, 277 000 créations en 2001. Durant ces cinq dernières années, le nombre de créations nettes annuelles a toujours été inférieur aux nombres de créations enregistrées entre 1997 et 2002 : le maximum de l’actuelle législature est de 192 000 (2006) et il est inférieur au minimum obtenu sous la précédente législature qui est de 261 000 (1997). Rappelons aussi que près de 2 millions d’emplois (1,8 millions) furent créés sous la législature Jospin et, à l’époque, il n’était pas question de remettre en cause le contrat de travail et le CDI pour favoriser les créations d’emplois.

 

 

Les plans sociaux… Ils ne cessent de se multiplier. Qui s’en soucie ? Juste quelques exemples. La liquidation judiciaire de l’imprimerie JDC vient d’être prononcée par le tribunal de commerce de Meaux. Conséquence : 150 licenciements ! Danone va fermer son usine de Neufchâtel-en-Bray en Seine Maritime : 147 salariés sont concernés. On pourrait aussi citer les prochains licenciements à venir au sein du groupe Unilever à Gémenos dans les Bouches-du-Rhône… C’est à la gauche et à Ségolène Royal de mettre ces faits sociaux dans la campagne.

 

 

2002, on s’en souvient tous… On se souvient de la victoire de la droite avec l’exploitation démagogique de l’insécurité. A contrario, espérons 2007 et un printemps social. Le social doit maintenant envahir la campagne afin de servir un seul objectif : la victoire de Ségolène Royal !

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