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  • : patricksalmon.over-blog.com Chômage, le FIASCO des politiques Balland Essai ; septembre 2006. Ancien directeur d'une agence locale pour l'emploi, Patrick Salmon est syndicaliste à l'ANPE. Contact auteur : patrick.salmon@cegetel.net
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Les ARTICLES de Patrick Salmon

Lundi 12 février 2007

 

La Sécurité sociale professionnelle… Ces termes sont désormais utilisés tant par Nicolas Sarkozy que par Ségolène Royal. Derrière ces mêmes mots ce sont pourtant des conceptions antagonistes des (non) protections des salariés qui nous sont proposées.  

 

Nicolas Sarkozy

En octobre 2005, alors que le premier ministre ne cesse de défendre le « modèle social français », Nicolas Sarkozy cherche à s’affirmer sur le terrain social. Lors d'un discours prononcé au centre de recherche d'Arcelor, à Maizières-lès-Metz (Moselle), Nicolas Sarkozy parle de la sécurité sociale professionnelle : « Il convient que les protections soient désormais attachées aux salariés et non aux emplois qu'ils occupent». Le président de l’UMP parle ensuite rarement de la sécurité sociale professionnelle. Il privilégie la nécessité d’une « plus grande flexibilité dans l’emploi » et la défense du « contrat unique ». Depuis, Nicolas Sarkozy a changé… Il visite les usines, s’adresse à «  la France qui souffre » et à « ceux qui se lèvent tôt », ses nouvelles références sont Jaurès et Blum… Dans ce nouveau contexte, la sécurité sociale professionnelle fait son retour lors du discours de St-Etienne, le 9 novembre dernier : « Ma conception de la sécurité sociale professionnelle, c'est aussi une plus grande exigence dans la préservation de l'équilibre entre les droits et les devoirs. Toute personne au chômage qui satisfera à l'obligation dûment vérifiée d'une recherche active d'un emploi verra ses droits à indemnisation préservés. Je propose que pour les bas salaires, ces droits ne puissent être inférieurs à leurs salaires antérieurs. Mais en cas de manquement à cette obligation, par exemple en cas de refus d'un emploi correspondant aux qualifications de la personne ces droits devront être réduits. En cas de refus répétés, ils devront être supprimés. Il est temps de parler vrai. La solidarité c'est pour aider ceux qui veulent s'en sortir, pas pour protéger ceux qui ne font rien ».

La sécurité sociale professionnelle version Sarkozy serait donc une « plus grande exigence dans la préservation de l'équilibre entre les droits et les devoirs »… Côté devoirs, on voit… Côté droits, c’est beaucoup moins clair ! Le contrat unique serait accompagné de « droits sociaux qui augmenteraient en fonction de l'ancienneté de l'employé ». Cette histoire de droits progressifs est un mirage. Nombre de salariés « flexibilisés », c’est à dire encore plus précarisés qu’aujourd’hui, auront bien du mal à voir leurs droits progresser dans un tel système. Ceux qui vont aujourd’hui de contrat précaire en contrat précaire avec des périodes de chômage entre les contrats iront demain de contrat unique en contrat unique avec toujours des périodes de chômage entre les différents contrats. En définitive, la situation des salariés concernés ne sera pas substantiellement modifiée. Le contrat unique, c’est moins de droits pour les salariés. On est là bien loin du renforcement des protections du travailleur.

La flexibilité… Le chômage de masse place les entreprises en position de force sur le marché du travail. Dans ce contexte, ce n’est pas un hasard si ce sont les moins qualifiés, ceux que l’on peut le plus facilement remplacer, qui ont les emplois les plus précaires. De plus, il n’est aucunement démontré que les entreprises ont besoin de plus de flexibilité pour résister à la concurrence internationale. Ne serait-ce pas d’ailleurs la stabilité et la sécurité du salarié qui favoriseraient sa productivité ? Tout cela pour dire que le développement de la flexibilité prôné par Nicolas Sarkozy va, lui aussi, à l’encontre de la sécurisation des parcours professionnels.

Enfin, quand Nicolas Sarkozy parle de Sécurité sociale professionnelle, il ne dit jamais rien des questions essentielles qui pourraient donner un contenu crédible à cette expression. La sécurisation des parcours professionnels interroge, entre autres, les dispositifs de formation et la qualification des salariés ; elle implique aussi un haut niveau de prélèvements obligatoires tel qu’il existe déjà dans plusieurs pays scandinaves. Ce dernier aspect est totalement éludé par Nicolas Sarkozy.  

 

Ségolène Royal et le projet socialiste

Chez la candidate socialiste, dans son pacte présidentiel présenté ce dimanche, le concept de sécurité sociale professionnelle est précisément défini. Sa mise en place, garantie par l’Etat, doit permettre à chaque personne privée d’emploi de se voir proposer par les pouvoirs publics un contrat de droits et devoirs comportant :  

 

- une rémunération, pendant un an, égale à 90 % du dernier salaire net perçu,

- une formation qualifiante,

- une aide personnalisée à la recherche d’emploi qui serait assurée par le service public de l’emploi.

Dans le projet socialiste, c’est la création d’une « couverture professionnelle universelle » qui est déclinée : « Nous le ferons avec les partenaires sociaux dans une grande négociation sur la Couverture Professionnelle Universelle (CPU). Elle assurera les trois éléments majeurs du travail : l’emploi, une garantie de ressources et la promotion professionnelle. Dans ce cadre, nous créerons un droit individuel à la formation tout au long de la vie d’autant plus élevé que la formation initiale aura été courte. Il prendra la forme d’une « carte vitale professionnelle ». Nous unifierons les droits des demandeurs d’emplois : une garantie de ressources de base, ouverte à tous les actifs privés d’emploi et financée par la solidarité nationale et un régime complémentaire, proportionnel au dernier salaire ; l’Unedic, géré par les partenaires sociaux. Chaque demandeur d’emploi bénéficiera d’un accompagnement individualisé dans un dispositif comportant un bilan, la formation professionnelle et un référent unique. Nous lancerons une négociation pour aller vers un Service public de l’emploi unifié mettant en synergie les différents acteurs de la politique de l’emploi, notamment les régions qui sont l’échelon pertinent pour définir les orientations et les objectifs de la politique de formation. ».

A l’heure où la remise en cause de la notion de carrière est une donnée (il est certain que de moins en moins de salariés font et feront une carrière linéaire au sein de la même entreprise), il y a une responsabilité collective à assurer à chacun un revenu et une activité (emploi ou formation) tout au long de sa vie professionnelle. Les carrières « normales » deviendront une succession de périodes de travail et de périodes d’apprentissage de nouveaux savoirs. Les premières périodes doivent évidemment être payées par les employeurs. Les secondes doivent être financées par la collectivité. C’est pourquoi le terme de « sécurité sociale professionnelle » est particulièrement bien approprié. La construction de ce dispositif relève sans aucun doute d’une rare complexité. L’enjeu est essentiel : lutter enfin efficacement contre le chômage de masse tout en satisfaisant les besoins des entreprises et, évidemment, les salariés. Le mérite du projet socialiste, même s’il est loin de répondre à nombre de questions et notamment à celle du financement du dispositif, est de commencer à appréhender sérieusement la complexité de la sécurité sociale professionnelle.

Par Patrick Salmon
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Mardi 27 février 2007

L’ensemble des syndicats de l’ANPE appellent à une grève le jeudi 29 mars prochain. L’objet du litige est un projet de décret qui conduira progressivement au démantèlement du service public de l’emploi et cela d’abord au détriment des chercheurs d’emplois. Après les déclarations de Jacques Chirac sur la nécessaire fusion ANPE / Unédic et alors que Nicolas Sarkozy ne cesse de s’exprimer sur les réductions d’effectifs au sein de la sphère publique, la mise en œuvre du précédent décret apparaîtrait malheureusement comme précurseur de ce qui attend nombre d’activités d’intérêt général dans la France de Sarkozy : moins de services (aux) publics pour encore plus d’inégalités !  

Ce projet de décret visant à modifier l’organisation et le fonctionnement de l’ANPE est actuellement à l'étude au Conseil d'Etat. Ce décret donne la possibilité à l’ANPE de créer des filiales commerciales, introduit les collectivités territoriales dans le Conseil d’administration de l’ANPE et enfin déconcentre en renforçant les pouvoirs donnés aux directeurs régionaux de l’ANPE (au détriment de sa direction générale).  

Ce décret est le résultat d’une longue réflexion sur l’organisation des structures, publiques et privées, amenée à agir auprès des privés d’emploi. En janvier 2005, le ministre François Fillon, aujourd’hui très proche de Nicolas Sarkozy, reçoit un rapport afin de préparer la future loi dite de mobilisation sur l'emploi. Le rapport rédigé par Jean Marimbert, ancien directeur de l'ANPE, passe en revue le fonctionnement du service public de l'emploi (ANPE, Assedic, Afpa) et invite le gouvernement à revoir son organisation dans le but d'en améliorer son efficacité. L'auteur du rapport constate que «  la France a le dispositif d'intervention sur le marché du travail le plus éclaté d'Europe ». Tout en rejetant alors l’idée d’une fusion ANPE-Unedic, il suggère que ces deux organismes mettent au point, ensemble, une méthodologie de recours aux prestataires privés pour placer les chômeurs.  

La précédente idée de libéralisation du marché de l’emploi est en œuvre, au niveau européen, depuis le début des années 1990. La plupart des pays européens ont désormais mis en application l’ouverture à la concurrence des fonctions de placement. La France a ratifié la convention numéro 181 de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) sur la fin du monopole public de placement. Ce texte reconnaît « le rôle que les agences d'emploi privées peuvent jouer dans le bon fonctionnement du marché du travail ». La France n'a ratifié cette convention datant de 1997 qu’à travers la loi de cohésion sociale du 18 janvier 2005. Les évolutions liées à cette libéralisation conduisent partout aux mêmes constats. Le renforcement du lien entre gestion de l’indemnisation et fonction de placement, le désengagement de l’Etat et la diversification des sources de financements du service public de l’emploi, l’accroissement du rôle des opérateurs privés à but lucratif, l’introduction de la logique commerciale dans les services publics de l’emploi à travers la filialisation d’une partie de leurs activités ; telles sont les évolutions qui, à terme, risquent de réduire le service public de l’emploi à un opérateur parmi d’autres.  

Développer un marché mixte public - privé dans le domaine de l’emploi ne se réalise malheureusement pas au profit des premiers intéressés que sont les chercheurs d’emplois. Fixer des objectifs de placement à des opérateurs privés rémunérés aux résultats, c’est instituer un espace contractuel privé inégalitaire face à la loi publique caractérisée par la gratuité d’accès et l’égalité de traitement. Le service public est ainsi fragilisé. La logique concurrentielle fait et fera le reste, c’est à dire réguler le plus possible le marché de l’emploi en fonction des seules possibilités de profits réalisables sur le dos des chômeurs. La réduction du nombre de chômeurs ne sera jamais la priorité d’un système vicié par l’argent qui ne se nourrirait financièrement que de l’existence même de ce chômage. L’argent destiné à lutter contre le chômage ne doit pas être le cœur et le moteur d’un juteux marché.  

Quelles sont les positions des principaux présidentiables sur cette question ? En la matière, les propositions du candidat de la droite libérale sont connues. « La fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC est une nécessité. Ne laissons pas les techniciens nous en dissuader pour des raisons statutaires » affirme Nicolas Sarkozy, en septembre 2005, lors d’une convention UMP. Moins de deux mois plus tard, le 30 novembre 2005 lors de la convention UMP sur les injustices, Nicolas Sarkozy est encore plus précis : « Ceux qui pensent que l’Etat est déterminant pour garantir la justice sociale doivent être jugés sur leur courage à proposer et réussir des réformes. Commençons par exemple par réformer le service public de l’emploi, fusionner l’ANPE et les Assedic, concevoir des politiques ciblées en fonction des différentes catégories de chômeurs, instaurer la culture du résultat, comme l’ont fait tous nos partenaires européens ». Sur son site internet, l’UMP formulait la proposition de réforme suivante : « Réformer le service public de l’emploi en unifiant les structures, en ayant recours à des organismes privés de placement et en évaluant les résultats ». Le candidat de l’UMP souhaite aussi réduire les moyens du service public de l’emploi. Ces derniers jours, sur RTL mercredi 21 février et dans « Le Parisien » ce même jour, le ministre candidat cite la fusion ANPE – Unédic comme exemple de réforme qui dégagera des économies.  

Ségolène Royal à un tout autre positionnement sur cette question. La mise en œuvre de la sécurité sociale professionnelle serait confiée au service public de l’emploi. La candidate ne s’est pas exprimée sur la question de la fusion ANPE – Unédic mais des socialistes défendent aujourd’hui cette fusion. Plus généralement, la candidate de la gauche défend régulièrement les services publics : « Qu’est-ce que ça veut dire qu’une République qui recule sur son service public ? C’est un système qui s’écroule et c’est un système qui crée de la violence. Moi je ne veux pas une France violente, je veux une France apaisée où les gens vivent ensemble et l’État tient debout et assume ses responsabilités » affirme la candidate dans l’émission « J’ai une question à vous poser » sur TF1 le 19 février 2007. 

Par Patrick Salmon
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Dimanche 11 mars 2007

L’Insee reporte à l’automne la publication de son enquête emploi habituellement divulguée chaque mois de mars ; « cette panne « technique » entretient donc le soupçon » écrit « Le Monde » dans son éditorial le 8 mars. Par ailleurs, chaque mois les chiffres officiels du chômage sont systématiquement contestés. Le débat sur les statistiques du chômage revient régulièrement dans la campagne présidentielle. Au-delà des constats et des critiques, le temps est venu de proposer des évolutions. Ce qui est nouveau dans ce débat, c’est qu’enfin arrivent les premières propositions d’évolution à travers les voix, entre autres, de Jean-Marc Ayrault (PS) et du député UMP Bernard Debré.  

 

Le premier objectif est atteint : à l’exception du premier ministre et de quelques uns de ses affidés, plus personne, n’accorde d’intérêt aux chiffres officiels du chômage diffusés chaque fin de mois (la catégorie 1 des chômeurs). Tout le monde sait désormais que les chiffres de cette catégorie ne reflètent aucunement la réalité du chômage et de la précarité. En conséquence, chacun y va de ses propres estimations : trois millions et demi de chômeurs pour François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT (France Inter, le 29 janvier), quatre millions selon le collectif ACDC (les Autres Chiffres Du Chômage), Même Nicolas Sarkozy reconnaît l’approximation dans son livre Témoignage paru en juillet 2006 : « Si l’on ajoute tous ceux qui sont artificiellement sortis des statistiques et si l’on isole le secteur public sans risque de chômage, on aboutit à un chômage de 20 %» 

 

Face à un tel constat, il est nécessaire de faire évoluer la situation. Il faut une statistique médiatisée qui prenne en compte, entre autres, les chômeurs des DOM (200 000 environ), les dispensés de recherche d’emploi (412 000 chômeurs âgés) ou encore les 452 000 personnes travaillant à temps partiel ou temporaire contraint ainsi que les 320 000 personnes non immédiatement disponibles car le plus souvent en formation ou en stage. « Quelle nouvelle présidente, quel nouveau président, acceptera de démarrer son quinquennat en affichant plus de quatre millions de chômeurs ? » demandions nous dans un précédent article. La réflexion fait son chemin et, au-delà du constat précédemment décrit, plusieurs propositions d’évolution sont désormais en débat. Citons, entre autres, les récentes déclarations de Jean-Marc Ayrault (PS) et de Bernard Debré (UMP).  

 

Bernard Debré, tout d’abord. C’était dans « les Grandes Gueules », sur RMC le 7 mars dernier. Le député UMP affirme que, s’il est réélu, il fera une proposition de loi afin que l’on publie les vrais chiffres, « que l’on mette les huit catégories si vous voulez (…) Si on continue à dissimuler, on va encore une fois montrer du doigt des politiques. J’en ai assez que l’on dissimule… » a notamment affirmé Bernard Debré. 

 

Jean-Marc Ayrault, ensuite. Le 6 mars dernier, dans une lettre adressée à Dominique de Villepin, le président du groupe socialiste à l’Assemblée conteste les chiffres officiels du chômage et demande, entre autres, « une présentation, chaque mois, de l’ensemble des catégories de chômeurs ». Nul doute que cette demande sera aussi bientôt une proposition de la candidate socialiste. Toujours est-il qu’une expression de Ségolène Royal sur ce thème est attendue… Ségolène Royal qui, très tôt dans la campagne, dès le printemps 2006, critiqua « les chiffres du désordre » sur son site Désirs d’avenirs.  

 

Que le débat se poursuive… Rappelons ici une position déjà défendue dans deux précédents articles : les indicateurs d’activité (solde des créations/destructions d’emplois) et de pauvreté ainsi que le nombre total de chercheurs d’emploi devraient être au cœur de la « station météo de l’emploi et de l’activité » qui servirait d’indicateur majeur aux décideurs.  

 

A lire en complément :  Bâtir une station météo de l’emploi et de l’activité

 http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=16012

Par Patrick Salmon
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Dimanche 18 mars 2007

A moins de cinq semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Ségolène Royal doit s’emparer pleinement des questions sociales pour les placer enfin au cœur de sa campagne. Débarrassée de nombreux dogmes la candidate socialiste a des propositions souvent originales sur ces questions : la sécurité sociale professionnelle, le revenu de solidarité active…. Mieux encore, Ségolène Royal est la seule à vouloir sortir de « l’Etat minimum » en prônant un rééquilibrage global entre le capital et le travail (ce dernier doit être moins taxé que le capital). Ces propositions sont en rupture avec celles de ses principaux concurrents, que ce soit avec le libéralisme échevelé de Nicolas Sarkozy, avec la préférence nationale de Jean-Marie Le Pen ou encore avec le libéralisme balladurien de François Bayrou. De plus, l’actualité, ne serait-ce qu’à travers l’annonce des nombreux plans sociaux et les polémiques autour des statistiques du chômage, fournit de nombreux faits permettant de mettre cette thématique dans la campagne… Cette fois, la gauche n’a que des intérêts à faire le précédent choix car, on le sait, les faits sociaux majeurs pèsent dans les campagnes électorales : Renault Vilvoorde en 1997, l’entreprise Lu en 2002…

 

 

 

« Chômage français, la véritable ampleur des dégâts », tel était le thème d’un débat, le 12 mars sur France Culture, dans l’émission « Du grain à moudre ». En sortant de la Maison de la radio, je m’interroge : comment peut-on avoir une telle « ampleur des dégâts » et une gauche en campagne électorale qui exploite insuffisamment cette réalité là ?

 

 

Certes la candidate socialiste a été la première a intervenir vigoureusement, par exemple, sur le dossier Airbus – EADS. « Non seulement l’Etat peut faire mais doit faire !» affirme la nouvelle Jeanne d’Arc de l’aéronautique en défendant un plan comprenant la recapitalisation d'EADS par l'Etat français et en appelant l’Etat, les régions et toutes les forces politiques françaises à « faire bloc » pour défendre la filière aéronautique. La candidate insiste sur le volontarisme politique en prenant pour modèle l'Europe du Nord : « le moment est venu d'accomplir une révolution dans la gouvernance des entreprises et que les salariés siègent aux conseils d'administration pour tirer la sonnette d'alarme et forcer les dirigeants à anticiper (…) L'enjeu de cette élection présidentielle repose sur un choix clair : un Etat impotent, impuissant ou au contraire, un Etat fort qui assume ses responsabilités ». Ces propos ont vraiment porté face à l’annonce de la fermeture de deux sites et la suppression de 10 000 postes. Ségolène Royal a été leader sur ce dossier et, ensuite, seulement ensuite, les autres acteurs politiques se sont positionnés, souvent avec un impact moindre que Mme Royal même quand ils la critiquaient fortement. Seul problème : ce leadership n’a duré que quelques jours…

 

 

 

Autre exemple : après avoir rencontré à Rennes des salariés d'Alcatel-Lucent, groupe qui annonce le 14 février dernier la suppression de 1 468 emplois en France, Ségolène Royal rencontre, à Caen, les Moulinex… C’est à dire les victimes du plan social de 2001 qui laissa plus de 3 200 personnes sans emploi. « C'est elle qui a demandé à nous rencontrer parce que le dossier Moulinex est un dossier emblématique, avec 3.000 salariés qui perdent leur emploi en un jour » explique un chômeur qui fut l'un des représentants syndicaux les plus actifs lors du plan social. Il faut que les « sans-voix, les gens qu'on appelle le petit peuple puissent être reconnus à travers vous et écoutés », demande une ancienne salariée à la candidate. « Vous le serez! J'ai entendu ce message, ce cri », promet Ségolène Royal qui, quelques jours plus tard, invite une ancienne salariée du groupe électroménager sur Canal +, dans « Le vrai journal », le 9 mars. La séquence a un fort impact. Mais là encore, la thématique, majeure pour la gauche, apparaît insuffisamment exploitée.

 

 

 

Il faut donc que la campagne rebondisse sur les questions sociales. Quelques pistes….

 

 

Les statistiques du chômage… « Le chômage ne baisse que dans les statistiques » dit et répète François Hollande … Là aussi, la candidate doit aller au-delà des constats et faire des propositions : s’engager à afficher et à médiatiser régulièrement, non plus la catégorie 1 des chômeurs qui ne veut plus rien dire, mais une série d’indicateurs sur l’activité, la pauvreté et le nombre total des personnes privées d’emplois ou en situation de sous emploi.

 

 

Les créations d’emplois… L’échec de la droite sur ce terrain est flagrant : 192 000 créations nettes d’emplois en 2006 contre, par exemple, 277 000 créations en 2001. Durant ces cinq dernières années, le nombre de créations nettes annuelles a toujours été inférieur aux nombres de créations enregistrées entre 1997 et 2002 : le maximum de l’actuelle législature est de 192 000 (2006) et il est inférieur au minimum obtenu sous la précédente législature qui est de 261 000 (1997). Rappelons aussi que près de 2 millions d’emplois (1,8 millions) furent créés sous la législature Jospin et, à l’époque, il n’était pas question de remettre en cause le contrat de travail et le CDI pour favoriser les créations d’emplois.

 

 

Les plans sociaux… Ils ne cessent de se multiplier. Qui s’en soucie ? Juste quelques exemples. La liquidation judiciaire de l’imprimerie JDC vient d’être prononcée par le tribunal de commerce de Meaux. Conséquence : 150 licenciements ! Danone va fermer son usine de Neufchâtel-en-Bray en Seine Maritime : 147 salariés sont concernés. On pourrait aussi citer les prochains licenciements à venir au sein du groupe Unilever à Gémenos dans les Bouches-du-Rhône… C’est à la gauche et à Ségolène Royal de mettre ces faits sociaux dans la campagne.

 

 

2002, on s’en souvient tous… On se souvient de la victoire de la droite avec l’exploitation démagogique de l’insécurité. A contrario, espérons 2007 et un printemps social. Le social doit maintenant envahir la campagne afin de servir un seul objectif : la victoire de Ségolène Royal !

Par Patrick Salmon
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Mardi 27 mars 2007

L’ensemble des organisations syndicales, une première depuis 1991, appelle les agents de l’ANPE à la grève ce jeudi 29 mars. Une grève qui s’annonce bien suivie. Une grève très symptomatique du profond malaise qui atteint les salariés d’un établissement en plein bouleversement… Des salariés qui ne cessent d’être soumis aux injonctions souvent paradoxales des gouvernements successifs.

Le malaise c’est d’abord la crise de sens qui touche aujourd’hui l’ANPE. Le malaise, c’est aussi la crise d’identité professionnelle qui atteint de nombreux salariés de l’établissement public… L’ANPE, c’est un service dit public de l’emploi qui oriente chaque jour des demandeurs d’emplois vers… ses concurrents ! Dans quel autre secteur d’activité a-t-on connu pareille injonction paradoxale ? On demande désormais aux agents publics de trier des demandeurs d’emplois suivant leur durée et leur niveau d’indemnisation : les opérateurs privés ne sont en effet intéressés que par les « chômeurs rentables », c’est à dire ceux dont l’indemnisation est suffisante pour réaliser des profits. On imagine aisément le malaise provoqué par cette approche strictement pécuniaire… Une approche se situant à mille lieues des valeurs de nombreux agents publics encore et toujours attachés à un service aux des usagers déconnecté des éléments d’ordre pécuniaire. Comment cela est-il possible ? Les opérateurs privés répondent aux appels d’offres de l’Unédic qui est le financeur de ces opérations ; l’Unédic qui est aussi le « partenaire privilégié » de l’ANPE et surtout, de plus en plus, son financeur ! Alors quand votre financeur vous donne des ordres…

Le malaise découle aussi de l’absurdité des politiques publiques de lutte contre le chômage qui sont mises en œuvre depuis trois décennies. Les injonctions sans sens des gouvernements successifs n’ont jamais cessé… Les politiques devaient agir face à ce chômage médiatisé qui ne cessait de croître… Ils ont donc agi ! Tous les pouvoirs ont créé des nouvelles mesures afin de lutter contre le chômage. Avec le succès que l’on sait ! Mais les mesures se sont empilées formant un tout bien plus caractérisé par sa sédimentation que par son efficacité dans la lutte contre le chômage. Très vite, la seule priorité non dite des gouvernants est simplement l’affichage d’un chiffre épuré du chômage qu’ils auraient toujours voulu voir à la baisse… Et là se multiplient les dispositifs visant à sortir les chômeurs de la catégorie 1 des chômeurs, celle qui est médiatisée. Les agents de l’ANPE se sont toujours adaptés aux diverses mesures de ces traitements statistique et social (emplois aidés) qui ont désormais montré toutes leurs limites. Espérons que le temps viendra bientôt d’une approche totalement renouvelée de l’accompagnement des demandeurs d’emplois. Une approche qui apparaît enfin au travers des débats sur la sécurité sociale professionnelle. Il y a en effet une responsabilité collective à faire en sorte que les transitions professionnelles soient enfin sécurisées. Cela est essentiel au moment même où la notion traditionnelle de carrière (une seule entreprise où l’on progresse régulièrement) est remise en cause.

Le malaise découle enfin de l’image de l’Agence. L’agence serait inefficace… Pour faire des économies, il faut la fusionner avec l’Unédic clame Nicolas Sarkozy. Le mauvais fonctionnement du service public de l’emploi serait même responsable du chômage ose affirmer un rapport à paraître du Conseil d'orientation pour l'emploi (COE)… Dans ce contexte, il faut rappeler quelques réalités.

L’ANPE reçoit tous les demandeurs d’emplois et tous les responsables d’entreprises qui le souhaitent. L’ANPE est le seul acteur du placement à ne pas trier et choisir ses usagers. Elle s’intéresse et accompagne nombre de chômeurs non indemnisés. Ce traitement de masse n’est bien évidemment pas sans conséquence : plusieurs agents ANPE ont près de 200 demandeurs d’emplois dans leurs portefeuilles de suivi mensuel alors que les opérateurs privés ne dépassent généralement pas la cinquantaine de chômeurs suivis par salarié.

Il est aussi essentiel de rappeler que le placement n’est qu’une partie de l’activité des ANPE. Prospecter des offres d’emplois, réussir des recrutements en nombre, travailler sur le projet professionnel à travers une démarche d’orientation… Telles sont aussi les activités quotidiennes de l’ANPE. Des activités peu voire pas valorisées. D’ailleurs, lorsque les opérateurs privés n’arrivent pas à réaliser le placement d’une personne, ils se tournent souvent vers… l’ANPE ! Des opérateurs qui ont certes quelques activités communes avec l’ANPE mais des opérateurs qui, c’est certain, ne connaissent pas l’exhaustivité du métier de conseiller à l’emploi.

L’ANPE n’a donc pas fini de faire parler d’elle. Elle doit bien évidemment évoluer. Elle se soit aussi d’être pleinement efficace. Mais la légitimité et la nécessité d’un service public de l’emploi auprès des privés d’emplois devraient être une évidence pour tous. Une ANPE qui devrait être le cœur de la mise en œuvre des nouvelles solidarités dans notre société de demain.

Par Patrick Salmon
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Lundi 23 avril 2007

Les chiffres officiels du chômage devraient être publiés ce mercredi soir. Jeudi dernier, des statisticiens du ministère de l’emploi se rassemblaient devant la tour Mirabeau qui abrite à Paris la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Sortant de leur habituel devoir de réserve, ces spécialistes demandent la non publication des chiffres entre les deux tours de l’élection présidentielle et la tenue « d’Etats généraux des chiffres du chômage »… Qui aurait pu imaginer, il y a seulement quelques semaines, pareille manifestation ? Comment cette question a-t-elle pu être finalement présente dans le débat au cours de l’actuelle campagne présidentielle ? Quelles sont les positions des candidats à la magistrature suprême sur ce sujet ? 

Depuis un an, plusieurs ouvrages et actions ont porté dans l’espace public la question de la fiabilité des statistiques du chômage. Au printemps 2006 ; une conseillère de l’ANPE, Fabienne Brutus, écrit Chômage, des secrets bien gardés. La vérité sur l’ANPE (éditions Jean-Claude Gawsewitch). Dans ce succès d’édition, Fabienne Brutus présente au grand public les huit catégories de chômeurs et les astuces utilisées pour afficher dans les médias un nombre de chômeurs ne reflétant aucunement la réalité du chômage et de la précarité. A l’automne, c’est l’instrumentalisation politique des chiffres du chômage qui est décryptée dans Chômage, le fiasco des politiques (éditions Balland). Cet ouvrage défend aussi la création d’une véritable « station météo de l’emploi et de l’activité » basée, entre autres, sur des indicateurs d’activité et de pauvreté. Enfin, depuis la fin de l’année 2006, un collectif de syndicats et d'associations réussit à faire vivre ce même débat. Les Autres Chiffres Du Chômage (ACDC) plaide pour des indicateurs mesurant l'évolution réelle du marché du travail alors que moins d'un chômeur sur deux est indemnisé par l'assurance chômage. 

Un fait majeur va contribuer à installer ce débat dans la campagne électorale. Il s’agit du report à l’automne prochain de la publication de l’enquête emploi habituellement publiée par l’Insee chaque mois de mars. Cette enquête laisse apparaître un taux de chômage à 9,8 % en 2006. Ce taux, non validé par l’Insee, est bien éloigné de celui affiché par le gouvernement à partir des données fournies par l’ANPE : 8,4% soit 2,06 millions de chômeurs à fin février 2007. Un taux aussi bas n’a jamais été vu depuis 25 ans. Enfin, Eurostat, l'office européen des statistiques, estime le taux français à 8,8% à fin février 2007 et à 9,4 % pour 2006. Une telle diversité de chiffres et de tels écarts suffisent pour exiger la médiatisation régulière de nouveaux indicateurs. La question n’a rien d’anecdotique puisque ce changement d’indicateurs pourrait permettre de sortir enfin de l’obsession du sacrosaint court terme statistique qui caractérise, depuis trente ans, les politiques conjoncturelles de lutte contre le chômage. Une obsession qui conduit à tout faire pour afficher, chaque mois, un chiffre du chômage à la baisse quitte à sortir des chômeurs des listes officielles même s’ils n’ont pas retrouvé un emploi. 

A quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, les positions de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy sur cette question sont opposées. 

Dans une réponse adressée au syndicat SNU ANPE, Ségolène Royal indique que « la mesure du chômage devra être modifiée pour faire cesser les manipulations auxquelles nous assistons ». Plusieurs proches de la candidate se sont prononcés en faveur d’une telle évolution. Retenons ici l’intervention de Jean-Marc Ayrault qui, le 6 mars dernier, écrit au Premier ministre : « Les chiffres statistiques ne doivent souffrir d'aucun soupçon. Les raisons invoquées pour justifier le contretemps dans la publication statistique de l'Insee, ne sont pas recevables ». Le PS souhaite « une présentation, chaque mois, de l'ensemble des catégories de chômeurs (…) que les salariés licenciés économiques bénéficiant de conventions de reclassement ou de contrat de transition soient réintégrés dans les statistiques, que les chômeurs âgés soient comptabilisés comme demandeurs d'emplois » demandent aussi les socialistes» 

Nicolas Sarkozy, lui, n’a pas répondu au SNU ANPE. Le candidat issu de l’UMP ne conteste plus la pertinence des actuelles statistiques du chômage : « si les chiffres du chômage augmentaient, personne ne contesterait la réalité des statistiques. Il se trouve que ça baisse et à ce moment-là, comme toujours en France, on veut casser le thermomètre » ( La Tribune du 3 avril 2007). Une position exactement opposée à celle qu’il défendait, l’été dernier, dans son ouvrage Témoignage (XO éditions) où il critiquait sans nuance la statistique du chômage : « Le risque de chômage ressenti par les Français est d’ailleurs bien supérieur à 10 %. Si l’on ajoute au nombre officiel de chômeurs, tous ceux qui sont artificiellement sortis des statistiques du chômage (inscrits à l’ANPE mais dans des catégories non comptabilisées comme du chômage, bénéficiaires du RMI non inscrits à l’ANPE, seniors dispensés de rechercher un emploi, contrats aidés) et si l’on isole le secteur public (5,2 millions de fonctionnaires et personnes assimilées) pour lequel il n’y a pas de risque de chômage, on aboutit en réalité à un taux de chômage de 20 %. Il faut rapporter en effet le nombre de chômeurs à la taille du marché sur lequel ils cherchent un travail, c’est-à-dire à la taille de l’emploi privé. C’est ce qui explique ce sentiment important de précarité ». 

L’objectif de Nicolas Sarkozy est le plein emploi pour 2012. Le plein emploi se situant, pour Nicolas Sarkozy, à 5 % de chômeurs. Nul doute qu’en continuant à médiatiser des statistiques arrangées ne correspondant pas à la réalité, il sera aisé d’atteindre rapidement 5 % de chômeurs et… 15 millions de pauvres !

Par Patrick Salmon
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Jeudi 17 mai 2007

François Fillon, le nouveau Premier ministre, était ministre de l'Emploi et des Affaires sociales de mai 2002 à avril 2004. Lorsque François Fillon arrive au ministère le chômage est officiellement de 9,1 %, soit 2 221 700 demandeurs d’emploi. Lorsqu’il quitte ses fonctions les statistiques officielles indiquent un taux de chômage de 9,8 %, soit 2 430 700 demandeurs d’emploi. François Fillon ministre de l'Emploi, c'est, selon les chiffres officiels, plus de 200 000 chômeurs de plus en moins de deux ans.

« L’emploi, c’est ma préoccupation première, c’est la priorité nationale », affirmait alors le premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, le 23 novembre 2003, sur Europe 1. Les emplois jeunes étaient supprimés et c’est un virage libéral de la politique de l’emploi qui était mis en œuvre. La droite se voulait déjà décomplexée et elle allait déjà faire passer le retour à l’emploi avant l’assistanat. « Il faut prendre un certain nombre de mesures pour convaincre [les chômeurs] d’accepter les postes qu’on leur propose », lançait François Fillon dans Les Échos du 20 novembre 2003. Personne ne peut ignorer « la grogne qui monte de plus en plus dans l’opinion publique au regard de certains chômeurs qui ne souhaitent pas reprendre un emploi », insistait le ministre, le même jour, sur France Inter. Le chômeur, dans les discours et les interviews de François Fillon, n’était alors très souvent qu’un assisté social, c’est-à-dire le contraire d’une victime. À l’inverse, l’entreprise était considérée comme vertueuse ; elle ne pouvait produire de l’exclusion humaine. Cette entreprise était parfois elle-même une victime lorsqu’elle n’arrivait pas à trouver de salariés pour satisfaire ses offres d’emploi… On parlait alors du scandale des 300 000 offres d’emploi non satisfaites. Personne ne parlait du scandale des demandes d’emploi non satisfaites de plus de 3 millions de chômeurs… C’est pourtant bien le « droit à l’emploi » qui est inscrit dans le préambule de la Constitution.

Fin 2003, François Fillon fixait pour objectif de réduire d’un tiers, au cours de l’année 2004, les offres d’emplois non satisfaites. Mais il n’était pas alors question de s’interroger sur la faiblesse des salaires ou sur les lamentables conditions de travail existant parfois dans ces secteurs d’activités qui peinent à trouver de la main d’oeuvre… Pour François Fillon, c’est au demandeur d’emploi qu’il faut s’intéresser… en l’indemnisant moins et en le contrôlant plus… L’ASS (Allocation de Solidarité Spécifique), ce minimum social que touchent les chômeurs n’ayant plus aucun autre droit indemnitaire, sera donc limitée à deux ans au plus : « On ne peut indemniser le chômage indéfiniment », déclarait François Fillon. Les sommes dévolues à l’ASS sont dès lors abaissées de 43 % par rapport au montant voté dans le budget initial de 2002 sous le gouvernement de Lionel Jospin. Quant au contrôle de la recherche d’emploi, le ministre envisageait la mise en place d’un système d’indemnisation des chômeurs gradué en fonction des efforts qui sont faits pour retrouver un emploi. Il s’agissait de traquer les chômeurs qui se seraient installés dans l’assistanat et de les ramener vers l’activité. C’est à ce moment-là que le RMI devenait RMA ! Le revenu minimum d’activité devait se substituer progressivement au revenu minimum d’insertion, mais pour le toucher, il fallait et il faut avoir une activité… L’opération permettait surtout à l’État de se débarrasser de ce dispositif en le refilant en totalité aux conseils généraux.

Cette approche libérale pariait sur la fluidité et l’activité du marché du travail pour résorber le chômage. Ce choix idéologique signifiait également moins d’État et moins de financement public alloué à la politique de l’emploi. L’évolution des budgets concernant les emplois partiellement financés par l’État permet de mesurer l’ampleur de cette politique. Si on compare les sommes votées pour 2004 à celles qui ont été votées pour le budget initial de 2002 (le dernier préparé par le gouvernement Jospin), il apparaît que le budget consacré aux emplois-jeunes a été divisé par deux. Ces derniers disparaîtront par la suite, et la somme consacrée au financement des CES (Contrats Emploi Solidarité) diminue de 47 %. Le montant dévolu au financement des préretraites est lui aussi en baisse de 47 %. A contrario, le gouvernement trouve de l’argent pour exonérer les entreprises de certaines de leurs cotisations sociales ; le budget est, là, en hausse de 12 %. Dans cette même logique, 416 millions d’euros sont prévus pour financer des contrats jeunes en entreprise. Ces contrats, créés à la rentrée 2002, consistent en des baisses de charges pour les entreprises employant des jeunes peu formés. Au total, le budget du ministère de l’Emploi et des Affaires sociales est en baisse de 7 %.

« Chômage et précarité : le choc du 1er janvier 2004 », titrait Le Monde, à la Une , le 30 décembre 2003. Un article où l’on peut lire que « 2004 sera une année dure pour les chômeurs et les précaires. Dès le 1er janvier, au moins 180 000 demandeurs d’emploi vont basculer en fin de droits en raison de l’application du plan de redressement de l’Unédic. Le même jour entrera en vigueur la réforme de l’ASS versée par l’État aux chômeurs qui ne sont plus indemnisés par le régime d’assurance chômage. Ce minimum social, qui concerne 372 000 personnes, sera désormais versé sur une durée limitée… »

Choc social… Les termes du quotidien du soir étaient particulièrement bien choisis. La réforme du régime d’assurance chômage conduisait alors à indemniser, dès 2004, moins de la moitié des chômeurs. De plus ces indemnités étaient souvent peu élevées : selon les statistiques de l’Unédic de juin 2003, 50 % des chômeurs perçoivent alors moins de 1 097 euros par mois, 10 % moins de 510 euros, et 5 % moins de 382 euros. À compter du 1er janvier 2004, les chômeurs qui relèvent désormais du RMI recevaient mensuellement 411,70 euros (pour une personne seule), et les « bénéficiaires » de l’ASS touchaient alors mensuellement 406,80 euros.

Lorsque François Fillon était ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, le chômage a crû si rapidement que, contrairement à son intention, le gouvernement n’a finalement pas pu totalement renoncer au « traitement social » du chômage. Après le désastre électoral de la droite aux élections régionales de 2004, et face à l’inexorable montée du nombre de chômeurs, François Fillon s’en allait à l’Éducation nationale et c’est Jean-Louis Borloo qui s’installait aux commandes du ministère de l’Emploi et de la Cohésion sociale…

Par Patrick Salmon
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Mercredi 30 mai 2007

Donc la présidence Sarkozy sera une présidence absolue… « Il veut tout contrôler, tout diriger (…) Il veut tout dévorer, tout absorber, tout broyer, tout digérer » affirme François Hollande lors du meeting socialiste au Zénith de Paris ce mardi soir. Face à ce pouvoir vorace, pas de doute, le chômage va rapidement disparaître… Pourquoi ? Mais tout simplement parce que Sarko nous l’a promis… Le taux de chômage sera bientôt de 5 % et le temps de la France du plein emploi sera enfin là. D’ailleurs, ça commence déjà…Le chômage commence d’être englouti… Les médias nous le ressassent depuis hier soir : le taux de chômage, en baisse de 0,1 %, s’établit à 8,2 % à la fin du mois d’avril ; le nombre de chômeurs de catégorie 1 est désormais de 2 011 300. Le mois prochain, promis juré, on passe sous la barre symbolique des 2 millions. Et là, grosse opération de com à prévoir, le « travailler plus pour gagner plus » produit déjà ses effets… Le travail est revalorisé et le Sarko tout excité est au vingt heures de TF1 pour célébrer l’événement…

Et pendant ce temps là se tiennent des « Etats généraux des chiffres du chômage et de la précarité ». C’était ce mardi après midi à Paris. C’était organisé par le collectif ACDC (Les autres chiffres du chômage), par des syndicats du ministère de l'Emploi, de l'Insee et de l'ANPE, et par des associations de chômeurs (AC!, MNCP). On y a entendu des propos qui ne s’inscrivent pas vraiment dans le sarkozysme ambiant. Florilège.

« Le taux de chômage est un indicateur de moins en moins pertinent pour juger de l'efficacité du marché de l'emploi  en raison d’une porosité croissante entre le chômage et d'autres catégories comme les Rmistes ou les personnes en invalidité » affirme, en substance, Raymond Torrès, économiste à l'OCDE. « Il faut arrêter de publier ces chiffres tous les mois et se concentrer sur les statistiques trimestrielles de l'enquête Emploi de l'Insee » surenchérit Esther Duflo, économiste au MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui enfonce le clou : « Les évolutions mensuelles n'ont pas grand chose à nous dire sur l'efficacité des politiques publiques, mais dépendent surtout de variations saisonnières et d'évolutions macroéconomiques (…) L'attention portée à ce chiffre tous les mois conduit les hommes politiques à décider des actions qui vont avoir un effet immédiat, même s'ils savent que ce ne sont pas les bonnes politiques ».

La plupart des intervenants de ces « Etats généraux » ont contesté l'intérêt d'une publication des chiffres du chômage tous les mois et ils ont dénoncé les effets pervers d'un "bruit médiatique" mensuel qui ne dit rien, entre autres, de la précarisation de l'emploi ou de sa rémunération.

Ces contestataires ont proposé une alternative : il s’agit de faire de l’enquête Emploi de l’INSEE « le pivot de l'information statistique en matière de chômage ». Rappelons que les chiffres du chômage publiés mensuellement sont issus des demandeurs d'emplois inscrits à l'ANPE, tandis que l'enquête Emploi de l'Insee, réalisée chaque trimestre, repose sur des entretiens avec 75.000 Français sur la base de la définition du taux de chômage du BIT (Bureau international du Travail). Cette enquête emploi est « la seule source permettant de fournir simultanément les informations sur l’emploi et sa qualité qui sont indispensables pour interpréter les évolutions du chômage » affirme le communiqué de presse diffusé par ACDC. 

Plusieurs intervenants ont proposé la création de nouveaux indicateurs visant à quantifier et à qualifier des phénomènes aussi divers que le déclassement, la précarité, la sous rémunération où même les conditions de travail. L’ensemble de ces données permettrait de mesurer l’emploi inadéquat. « Ces nouveaux indicateurs sont indispensables pour mettre fin aux politiques de l'emploi qui ont privilégié depuis 30 ans les contrats aidés avec des bas salaires et des contrats flexibles » estime Thomas Coutrot, du collectif ACDC. Pour lui, « la réticence des cabinets ministériels à faire évoluer le calcul du chômage tient au fait que les ministres n'ont pas envie d'être jugés sur la hausse des indicateurs de précarité, quelques mois après avoir fait baisser ceux du chômage ». La réussite de la communication n’a vraiment pas de prix…

« Quels indicateurs pour quelles politiques publiques ? » interrogeait la dernière table ronde des Etats généraux… Là, le vrai problème c’est que Nicolas Sarkozy a déjà répondu à cette question. Il l’a SON indicateur au service de SA politique. C’est même l’indicateur idéal… Il s’agit tout simplement de l’actuelle catégorie 1 des demandeurs d’emploi qui permet de rendre invisible nombre de chômeurs. Un indicateur aisément malléable dont l’efficacité n’est plus à prouver. S’il n’existait pas déjà, Nicolas Sarkozy l’aurait sans doute inventé cet indicateur rêvé… Nul doute qu'en continuant à médiatiser des statistiques arrangées ne correspondant pas à la réalité, il sera aisé d'afficher bientôt 5 % de chômeurs et donc... le plein emploi !

Par Patrick Salmon
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Vendredi 29 juin 2007

Alors que les chiffres du chômage du mois de mai sont publiés ce jeudi 28 juin le gouvernement dit vouloir «faire toute la transparence sur les chiffres du chômage»; tel est en effet l’objectif d’une mission confiée par Matignon à l’Inspection générale des finances (IGF) et à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS).

       Le rapport des experts, remis fin juillet, devra « faire le point sur les modalités de calcul des chiffres du chômage ». Ce document devra aussi « dresser un état des lieux des concepts et méthodes d’évaluation en vigueur, en apprécier la fiabilité et, le cas échéant, formuler des propositions »... Par ailleurs, en souhaitant la suppression de la « dispense de recherche d’emploi », Nicolas Sarkozy est implicitement prêt à ne plus utiliser l’une des techniques du camouflage statistique des chômeurs aujourd’hui en vigueur. La dispense de recherche d’emploi permet de masquer plus de 400 000 chômeurs âgés de plus de 55 ans. Enfin, Nicolas Sarkozy propose aussi de supprimer le dispositif des préretraites. Ce dispositif concerne environ 33 000 personnes.

 

 

 

       Pour une surprise, c’est une vraie surprise... Contrairement à Ségolène Royal, le candidat Nicolas Sarkozy ne s’était finalement pas prononcé pour l’évolution de la statistique médiatisée du chômage. De plus, en affichant un objectif de 5 % de chômeurs (situation qualifiée de plein emploi par Nicolas Sarkozy), rien n’indiquait que Nicolas Sarkozy allait demander des évolutions concernant les indicateurs du chômage. En effet, l’actuelle et fameuse catégorie 1 des demandeurs d’emplois est l’indicateur idéal pour rendre invisible nombre de chômeurs. Pourquoi donc en changer ? Peut-être tout simplement parce que la polémique sur la fiabilité des chiffres du chômage français n’est plus seulement hexagonale : en mars dernier, l’office statistique européen Eurostat évaluait notre taux de chômage 2006 à 9,4 % au lieu des 9 % vantés par le gouvernement Villepin. Cette réévaluation faisait suite à l’annonce du report de l’Enquête emploi de l’Insee. Depuis des chiffres assez divers circulent quant au taux de chômage 2006.

 

 

 

            Il faut aussi constater que la polémique continue en France et même elle s’étend. Début juin, l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), elle rassemble plus de 250 journalistes, réclamait la publication de toutes les catégories de demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE. Le 13 juin, c’est l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui évaluait le taux de chômage actuel à 8,9 % et non à 8,2 % comme annoncé par le gouvernement. Notons enfin que le récent changement du ministre en charge de l’annonce des chiffres du chômage est aussi un élément favorisant une évolution des indicateurs.

 

 

 

Dans ce contexte, rappelons ici quelques propositions qui, espérons-le, pourraient caractériser ces évolutions :

- Arrêter la publication mensuelle d’un chiffre à partir des seules données administratives fournies par l’ANPE. Ce chiffre, en soi, ne dit rien de sérieux sur la réalité du chômage et il induit de nombreux commentaires sur des évolutions d’un mois à l’autre qui sont finalement souvent bien peu significatives. Il vaut mieux privilégier la médiatisation des données contenues dans l’enquête emploi de l’INSEE, une étude réalisée chaque trimestre au travers d’entretiens avec 75 000 personnes. Cette enquête donne des informations sur l’emploi et sa qualité qui sont indispensables pour interpréter les évolutions du chômage

- Publier des indicateurs de l’activité, et tout particulièrement, le solde des créations / destructions d’emplois.

- Publier des indicateurs de « l’emploi inadéquat » permettant de quantifier des phénomènes aussi divers que la précarité, le déclassement, la sous-rémunération ou même les conditions de travail. « Ces nouveaux indicateurs sont indispensables pour mettre fin aux politiques de l’emploi qui ont privilégié depuis trente ans les contrats aidés avec des bas salaires et des contrats flexibles » estimait, en mai dernier, Thomas Coutrot, du collectif ACDC lors des « Etats généraux des chiffres du chômage et de la précarité ».

- Publier des indicateurs de pauvreté : le phénomène des « travailleurs pauvres » s’est développé ces dernières années et il est désormais une donnée importante de la réalité sociale du pays.
           Cette palette d’indicateurs publiés simultanément constituerait une véritable « station météo de l’emploi, de l’activité et des précarités » reflétant au mieux la réalité concernée dans sa plus grande exhaustivité. Une station météo particulièrement pertinente pour des décideurs politiques enfin débarrassés de l’obsession du sacrosaint court terme statistique.

Par Patrick Salmon
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Jeudi 26 juillet 2007

NOUVELOBS.COM | 26.07.2007 | 15:33  et CHALLENGES.FR
"Trois questions à..." Patrick Salmon, auteur de "Chômage, le fiasco des politiques"  (Balland, 2006)

Les Echos
annoncent aujourd'hui que 42.000 chômeurs ont fait l'objet de sanctions en 2006, un chiffre en très forte augmentation. Comment l'expliquer ?
- Ces chiffres ne me surprennent pas.
Le premier constat à faire est qu'ils concernent un nombre très faible de chômeurs, à peine 2%. L'explosion du nombre de sanctions (qui concernaient environ 2.000 chômeurs en 2000 et 2001) naît des effets des textes.
D'abord, elle correspond à l'explosion du nombre de convocations qui a découlé du suivi mensualisé des chômeurs au 1er janvier 2006. Quand on envoie plus de convocations, il y a forcément plus de gens qui ne viennent pas, et donc plus de gens qui font l'objet d'une sanction.
La deuxième explication est la graduation des sanctions introduite par le décret du 2 août 2005 sur la recherche d'emploi. Avant, le retrait des allocations était total: le fait de moduler les sanctions à conduit à les appliquer beaucoup plus souvent.
Le décret a également fait évoluer la notion d'emploi "acceptable" qui, au début des années 2000, était défini par la qualification, alors qu'il l'est maintenant par la notion beaucoup plus large de compétences.

Ces derniers jours, la CGT a interpellé le gouvernement sur une augmentation des radiations "abusives". Partagez-vous ce constat, ainsi que celui du collectif Les Autres Chiffres du Chômage (ACDC), selon qui l'augmentation des radiations a pour but délibéré de diminuer le taux de chômage ?
- La CGT a cité une quinzaine de cas de radiations "abusives", et je ne vois pas quelles conclusions on peut tirer d'un tel nombre. Il est certain que, quand on met en place une procédure de convocations massives, on peut trouver une quinzaine de cas où la lettre de convocation n'est pas arrivée.
En revanche, je partage totalement les analyses du collectif ACDC. Je ne suis pas critique a priori sur la procédure de suivi mensuel des chômeurs (même s'il est moins pertinent pour certains, plus autonomes dans leurs recherches, que pour d'autres), mais il faut comprendre quel était l'objectif de cette mécanique: en 2005, Dominique de Villepin pensait être candidat à l'élection présidentielle et voulait donc afficher les meilleurs résultats possibles sur la "catégorie 1" des chômeurs [personnes immédiatement disponibles cherchant un CDI à temps plein, ndlr].
Ce suivi mensualisé est devenu une "arme atomique" qui peut faire disparaître beaucoup de gens, même pendant un mois seulement, des statistiques.
Aujourd'hui, ce chiffre du chômage ne reflète plus rien, n'est plus pertinent pour construire une politique. Il ne conduit qu'à l'obsession du court terme et ne dit rien de la précarité, de l'emploi "inadéquat".
Il faut sortir de ce fétichisme du chiffre, et le gouvernement partage d'ailleurs cette analyse puisqu'il a lancé une mission sur le sujet. J'ai cependant une crainte: il dit viser 5% de chômeurs, et la tentation peut être de travailler plus sur l'indicateur que sur la réalité.

Le gouvernement souhaiterait fusionner l'ANPE et l'Unedic, mais ce projet suscite apparemment des réticences en interne. Pensez-vous qu'il serait susceptible d'améliorer l'efficacité du service public de l'emploi ?
- L'essentiel n'est pas là. Ce n'est pas parce qu'il y aura ou non une fusion que l'efficacité du service public de l'emploi sera plus ou moins grande.
J'ai malgré tout une inquiétude sur l'approche "financière" ou "mercantile" qui peut en découler, alors que déjà la moitié des chômeurs ne sont pas indemnisés.
Le risque est de sélectionner les "chômeurs rentables", ou de continuer à confier, comme cela existe déjà, l'accompagnement à des organismes privés afin de réaliser un bénéfice.


Propos recueillis par Jean-Marie Pottier (le jeudi 26 juillet 2007)
Source :
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/3_questions_a/20070726.OBS8267/le_suivi_mensuel_estune_arme_atomique.html
http://www.challenges.fr/actualites/business/20070726.CHA8238/le_suivi_mensuel_des_chomeurs_est_une_arme_atomique.html

Par Patrick Salmon
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