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  • : patricksalmon.over-blog.com Chômage, le FIASCO des politiques Balland Essai ; septembre 2006. Ancien directeur d'une agence locale pour l'emploi, Patrick Salmon est syndicaliste à l'ANPE. Contact auteur : patrick.salmon@cegetel.net
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Les actions de Martin HIRSCH

Samedi 19 mai 2007
La nomination comme haut-commissaire de l'ex-président d'Emmaüs-France, proche de la gauche doit marquer l'ouverture


ourquoi vous, qui êtes un homme de gauche, avez-vous accepté d'entrer dans le gouvernement comme haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté ?
Pour réduire la pauvreté, pour que l'objectif de plein-emploi soit directement lié à une diminution du nombre de travailleurs pauvres. J'ai trop bataillé pour convaincre qu'il fallait une réforme des minima sociaux n'opposant plus solidarité et travail pour me défiler quand il s'agit de la mettre en oeuvre. Ce projet découle d'une réflexion conduite dans la commission "famille, vulnérabilité et pauvreté", que j'avais présidée. En 2005, elle avait réuni des élus UMP et PS, des responsables syndicaux et associatifs, des experts, et proposé, entre autres, la création du revenu de solidarité active (RSA). Comme cela n'avançait pas assez vite, nous avons fondé l'Agence nouvelle des solidarités actives (ANSA), pour commencer à travailler avec les départements volontaires. Nous avons obtenu en 2006 un premier bout de loi pour amorcer des expérimentations.
Mes entrevues avec Nicolas Sarkozy ont eu pour objet de le convaincre qu'il fallait retenir la conception de la réforme adoptée par la commission "famille, vulnérabilité et pauvreté", ce qui supposait des différences avec ce qu'il avait dit dans la campagne. Je préférais rester à l'extérieur, il a fait valoir les arguments d'efficacité et de moyens. Si je refusais et que la réforme n'allait pas dans le bon sens, chaque fois que j'aurais critiqué on m'aurait rétorqué : "Il n'avait qu'à y aller."

Ne craignez-vous pas que l'on vous reproche d'être solidaire d'un gouvernement qui a l'intention de prendre des mesures condamnées par la gauche ou critiquées par le mouvement Emmaüs, dont vous avez été le président pendant cinq ans ?
Je ne suis ni dupe ni naïf. J'ai conscience que, sur un certain nombre de sujets, l'équipe de M. Fillon va agir dans un sens qui ne correspondra pas forcément à mes orientations. Mais l'intitulé de ma fonction n'est pas anecdotique : je suis plus dans la position d'un haut fonctionnaire ou d'une autorité administrative que d'un responsable politique. J'appartiens certes au gouvernement et suis directement rattaché au premier ministre, mais sans avoir le titre de ministre ou de secrétaire d'Etat. Dans l'histoire de la Ve République, cela ne s'était jamais produit. Cette solution d'équilibre me permet d'être moins impliqué que les autres membres du gouvernement dans les choix politiques qui seront effectués en dehors de mon champ d'attributions. Je reste dans l'engagement non partisan qui était le mien jusqu'à présent.

Userez-vous de votre liberté de parole lorsque le gouvernement légiférera dans un sens qui ne vous convient pas ?
Je ne vais pas passer mon temps à commenter ce qu'il va faire. Aujourd'hui, je deviens acteur sur un segment de politique publique, qui me paraît fondamental si l'on veut combattre les phénomènes d'exclusion sociale. Je souhaite peser à 100 % pour que le RSA devienne une réalité.

Quels seront vos grands axes ?
La réforme à laquelle je m'attelle touchera à la fois les allocataires des minima sociaux et les travailleurs pauvres. Elle vise à donner à ces publics un véritable emploi et un salaire, afin qu'ils sortent de la pauvreté. Il n'est pas question de leur proposer des activités d'intérêt général, mal rétribuées et peu gratifiantes. M. Sarkozy a souhaité qu'un projet de loi soit élaboré dès cette année. Je le présenterai en conseil des ministres puis le défendrai au Parlement. J'espère que nous pourrons ainsi amplifier les expérimentations lancées, avant de les généraliser dans un deuxième temps. Il nous faut inventer une politique qui permette d'agir simultanément contre tous les obstacles à la reprise d'un emploi : problèmes de santé, garde d'enfants, moyens de transport, etc.

De quels moyens disposerez-vous ?
L'idée est de conserver les mêmes méthodes, de partir du local et de s'appuyer sur une structure légère, souple, réactive, qui pourra avoir autorité sur les administrations concernées. Le président et le gouvernement ont, par ailleurs, conscience que la réforme dont j'ai la charge nécessitera un effort budgétaire substantiel.

Propos recueillis par Bertrand Bissuel
Article paru dans l'édition "Le Monde" du 20.05.07

Par Patrick Salmon
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Dimanche 20 mai 2007
 

Martin Hirsch confirme son objectif de transformer le revenu minimum d'insertion (RMI), qu'il juge "totalement dépassé", et de s'atteler à la mise en oeuvre d'un "revenu de solidarité active" (RSA).

Président d'Emmaüs France [1] - et plutôt classé à gauche -, Martin Hirsch a été nommé vendredi Haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté dans le gouvernement de François Fillon avec pour objectif de réformer les minima sociaux.

"Le RMI a été constitué dans un certain contexte et aujourd'hui, il est totalement dépassé. Il enferme les personnes dans des situations d'exclusion du monde du travail et il les maintient dans la pauvreté", a-t-il dit sur RTL. "Donc, il faut savoir conjuguer les deux. C'est pour ça que j'ai tenu à avoir ce mot de «solidarité active» dans mes fonctions, d'avoir quelque chose dans lequel on rassemble ces deux mêmes idées, on peut avoir besoin de continuer à être soutenu quand on reprend du travail. (...) "Ce sera peut-être la transformation du RMI en quelque chose, ce sera certainement ce que l'on a déjà discuté beaucoup avec les syndicats avec les associations".

Pour Martin Hirsch, "qu'on soit de droite ou de gauche, je pense qu'on est convaincu qu'on ne peut plus garder un système dans lequel travailler maintient pauvre, ou bien dans lequel on est exclu du monde de l'emploi, du monde du travail parce que l'on considère que les exigences du travail sont trop fortes pour des millions de personnes."

(Source :
L'Express)

[1] NDLR : à cette heure, Martin Hirsch a démissionné de la présidence d'Emmaüs France afin de ne pas mettre en cause l'indépendance du mouvement fondé par l'Abbé Pierre.

Par Patrick Salmon
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Mercredi 30 mai 2007

La reprise d'un emploi est le premier motif de sortie du RMI et de l'ASS : la moitié des sortants de ces deux minima sociaux occupent un emploi, emploi aidé pour un quart d'entre eux mais CDI pour environ un tiers. Tel est le résultat de l'enquête menée mi-2006 auprès de 6 800 allocataires inscrits au RMI, à l'ASS ou à l'API au 31 décembre 2004 et interrogés 18 mois plus tard.

La suite est à lire sur le site du ministère : http://www.travail.gouv.fr/actualite-presse/breves/sortie-minima-sociaux-acces-emploi-premiers-resultats-enquete-2006-5505.html

Par Patrick Salmon
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Mercredi 30 mai 2007

En France, plus de 1,3 millions de personnes ne peuvent pas vivre de leur travail. Pour lutter contre cette réalité, Martin Hirsch, devenu haut commissaire contre la pauvreté du gouvernement Fillon, a créé le revenu de solidarité active (rsa). La mise en place de ce complément de revenu est expérimentée dans l'Eure et devrait être étendue à tout le territoire.





















Martin Hirsch expérimente avec Jean-Louis Destan (ici à droite), président du Conseil général de l'Eure la mise en place du Revenu de solidarité active dans ce département.

Un combat mené depuis plusieurs années

Compléter les revenus du travail par les revenus de la solidarité nationale, l'idée semble, au premier abord, contestable mais mérite qu'on y réfléchisse. D'autant qu'elle pourrait bientôt passer du stade expérimental et local, comme dans l'Eure, à l'échelon national.

C'est en tout cas la mission confiée par le président de la République Nicolas Sarkozy à Martin Hirsch, nommé, le 18 mai, haut commissaire dans le gouvernement Fillon.

Un poste qui revenait de droit au successeur de l'Abbé Pierre à la tête d'Emmaüs France, tant l'homme a fait de cette ré­­forme des minima sociaux son combat depuis plusieurs années.

« Le revenu de solidarité active devait être, en 2005, la mesure phare de la Conférence de la famille, rappelle l'économiste Denis Clerc. A l'époque, le ministre des Solidarités, de la Santé et de la Famille, Philippe Douste-Blazy, avait demandé à une commission présidée par Martin Hirsch, de proposer des mesures destinées à réduire la pauvreté des enfants. C'est ainsi qu'est né le RSA. Mais avec le changement de Premier ministre qui a suivi le référendum européen, le projet a vite été enterré par le nouveau gouvernement. »

La proposition de Revenu de solidarité active part d'un constat qui reste pourtant tristement d'actualité : en France, une grande partie de nos compatriotes ne peuvent pas vivre de leur travail. Soit parce qu'ils n'ont pas d'emploi (9 % de chômeurs auxquels il faut ajouter les « assistés » et les « exclus »), soit parce que celui-ci n'est pas assez rémunérateur. Ce phénomène de la « pauvreté laborieuse » n'est pas négligeable. Il concernerait, selon l'Insee, près de 1,3 million de personnes. « Sans doute près de 3,4 millions si l'on tient compte de tous les salariés qui gagnent moins que le Smic », précise la sociologue Margaret Maruani.

Plus de 50 dispositifs d'aides diverses

« En France, quand on perçoit un minimum social, le retour à l'emploi est rarement une 'bonne affaire' car, dès lors que l'on tombe dans le temps partiel, le revenu du travail compense rarement, ou à peine, le revenu social perdu. Et ne permet pas, dans tous les cas, de sortir de la pauvreté », résume Denis Clerc. Le RSA veut rompre avec ce cercle vicieux en proposant une nouvelle équation sociale basée sur une prestation qui pondère l'aide fournie en fonction des revenus et de la configuration familiale. Une véritable petite révolution dans la manière de travailler des services sociaux.

L'opération peut en effet rapidement virer au casse-tête. « Dans l'Eure, nous avons identifié, à côté du RMI, plus de 50 dispositifs d'aides diverses : prestations familiales, aides au logement, exonérations d'impôts, tarifs préférentiels ou couverture médicale universelle (CMU)..., souligne Patricia Amiens, responsable du projet RSA de Louviers. Pour arriver à calculer, de manière personnalisée et juste, le soutien financier auquel pourrait avoir droit tel ou tel bénéficiaire au titre du Revenu de solidarité active, il nous a fallu tenir compte de tous ces paramètres. Ce qui, techniquement, représente un travail lourd et complexe. »

Mais l'enjeu principal est ailleurs. « Politiquement, le pari est osé car l'opinion pu­­blique peut nous reprocher de distribuer trop largement l'argent public à ceux qui ne travaillent pas assez et d'encourager le développement du temps partiel. Les dérapages sont toujours possibles, mais je suis prêt à courir le risque car le système actuel est bloqué et il faut bien imaginer autre chose », conclut Jean-Louis Destans.

Un risque très calculé puisque le dispositif RSA mis en place dans l'Eure fera l'objet d'une évaluation régulière tout au long des trois ans que durera l'expérimentation. Un premier rendez-vous a été fixé fin 2007. D'ici là, douze autres départements devraient se lancer dans l'aventure avec le soutien de l'Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa).

De notre envoyé spécial, Antoine d'Abbundo. Photo : D.R

A lire
La pauvreté en héritage, de Martin Hirsch et Sylvaine Villeneuve, Ed. Robert Laffont, 2006 ; 18 €. 
Les mécomptes du chômage, Ed. Bayard, 2002, 200 p. ; 18 €.

Par Patrick Salmon
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Vendredi 1 juin 2007

VALDEREUIL (Eure), 1 juin 2007 (AFP) - 18h11 
Le Haut commissaire aux solidarités actives Martin Hirsch a donné vendredi le coup d'envoi à l'expérimentation dans l'Eure du Revenu de solidarité active (RSA) destiné à favoriser le retour à l'emploi des bénéficiaires du RMI sans les pénaliser financièrement. "Il faut faire en sorte que le retour au travail permette aux gens de progresser avec l'idée que solidarité et activité ne s'opposent pas", a déclaré Martin Hirsch à Val-de-Reuil (Eure) au cours d'une réunion destinée à présenter à des allocataires du RMI le dispositif retenu. Le conseil général de l'Eure, présidé par le socialiste Jean-Louis Destans, a été chargé par l'Etat de mener à bien sur son territoire cette expérimentation qui pourrait ultérieurement être étendue à d'autres départements. Le dispositif qui s'applique depuis vendredi dans les huit cantons composant l'Unité territoriale d'action sociale (Utas) de Louviers prévoit le versement d'un complément de revenu à partir d'un quart de temps de travail. "La somme variera selon la situation de la famille avec l'objectif de permettre au foyer de sortir du seuil de pauvreté", a précisé Patricia Amiens, directrice de cette Utas. A ce complément s'ajoute éventuellement "un coup de pouce" financier pour permettre à l'allocataire du RMI de mettre de l'essence dans sa voiture ou de faire garder ses enfants, lors du premier mois de travail. Enfin, un "accompagnateur" est chargé de suivre la personne concernée dans ses rapports avec son entreprise ou les services sociaux.

Par Patrick Salmon
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Vendredi 15 juin 2007
Par ÉRIC FAVEREAU photos LAURENT TROUDE
QUOTIDIEN "Libération" du vendredi 15 juin 2007
Mardi 29 mai,  impasse du Génie, dans le XIIe arrondissement de Paris. 19 heures. C’est l’heure de la réunion hebdomadaire de l’Agence nouvelle des solidarités actives. Elle se tient «à la cave»,  comme ils disent entre eux. Depuis quelques jours, Martin Hirsch a endossé ses habits de haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, poste inédit qui le fait, de facto, membre du gouvernement. Comme à l’accoutumée, il est un peu goguenard, à l’affût, guettant du coin de l’œil les réactions des uns et des autres pour voir si les regards à son endroit ont évolué. Apparemment non. Ici, il est la star et il le reste.
L’agence est la structure qu’il a créée en janvier 2006 pour expérimenter des innovations sociales, comme le revenu de solidarité active (RSA). C’est ce dernier qui lui a fait accepter d’entrer dans un gouvernement de droite. «  Le RSA doit permettre,  défend-il, de cumuler revenu d’activité et revenu de solidarité, avec la garantie que toute heure travaillée signifie un gain de revenu. »    C’est, à ses yeux, une mesure qui peut s’avérer décisive pour les 1,7 million de travailleurs pauvres que compte la France.
Martin Hirsch n’a pas changé. Peut-être a-t-il forcé sur sa consommation, pourtant déjà élevée, de chewing-gums à la nicotine. Sûrement, aussi, a-t-il augmenté le nombre d’envois de SMS qui jalonnent ses journées. Ce soir-là, il n’arrête pas d’envoyer des messages. Il doit régler au plus vite le petit accroc du jour :   une candidate UMP à Paris a distribué des tracts faisant état du soutien de Hirsch et de Kouchner à sa personne. D’où un communiqué sec, rappelant qu’il «ne [connaît] même pas cette candidate». 
Martin Hirsch n’a pas changé, mais il a bougé. Tout le monde lui prédisait, si Ségolène Royal était élue, un poste à lui, le brillant élève de Normale sup et de l’ENA au parcours impressionnant - conseiller d’Etat, ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner puis directeur de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, et jusqu’au mois dernier président d’Emmaüs France. Le voilà au service d’un gouvernement Fillon sous une présidence Sarkozy.
«  La décision que j’ai eu à prendre n’est pas la première de cette nature. En 2004, quand Douste-Blazy me propose de présider la commission familles, vulnérabilité, pauvreté, fallait-il que j’accepte ? Quand Villepin, Premier ministre, en pleine crise du CPE, me reçoit et se dit prêt à aider l’agence des solidarités, devais-je accepter ? Au final, la commission a été un moment efficace d’échanges et de travail, et l’agence existe . »  Cette fois, la fonction qu’il vient d’accepter fait de lui l’équivalent d’un ministre. Le successeur de l’abbé Pierre à la tête d’Emmaüs insiste : «  Si je n’y allais pas, qui aurait fait le RSA ? J’ai le sentiment qu’ils sont d’accord pour le créer. Alors je prends le risque . » 
«Je faisais vraiment une grimace ?»
Comment a réagi son entourage ? «  Un de mes enfants s’est amusé. Il m’a dit que j’avais eu raison de me mettre un pas de côté lors de la photo officielle du gouvernement, et surtout de faire une grimace . »  Et de demander : «  Je faisais vraiment une grimace ?  » 
Mardi 5 juin,  8 h 30, petit déjeuner au café le Procope avec les journalistes sociaux. Martin Hirsch aime les formules. «  Les travailleurs pauvres, c’est un peu comme on dit pour certains médicaments, un sujet orphelin. C’est-à-dire un domaine que tout le monde oublie  »,  explique-t-il. Ce qu’il y aura dans la loi sur le RSA et les minima sociaux, il avoue ne « pas encore»  le savoir. Mais il donne un timing et assure : «  Oui, ma position de haut-commissaire me permettra de défendre à l’Assemblée mon projet de loi . »  Les journalistes : «  Hirsch apprend vite : il ne nous a rien dit . »  Le haut-commissaire monte dans sa voiture avec chauffeur, en redescend presque aussitôt : trop d’embouteillages. Il n’a pas d’officiers de sécurité : «  Je n’en veux pas, je ne vois pas pourquoi changer mes habitudes ou mon mode de vie.»  Jusqu’à présent, le ministère de l’Intérieur le tolère, «  mais ce n’est pas encore gagné». 
Martin Hirsch refuse aussi d’être payé plus que son salaire de conseiller d’Etat. «  Dans le rapport qu’a remis notre commission familles, vulnérabilité, pauvre  té, on avait proposé que les ministres baissent de 20 % leurs salaires.  »  En marchant vers le ministère, il évoque son emploi du temps de l’après-midi : une réunion entre le Premier ministre, François Fillon, et les ministres sociaux et des Finances pour finaliser la loi sur la fiscalité. «  On m’a dit : Vous y êtes convié, mais ce n’est pas grave si vous n’y allez pas . »  Hors de question qu’il en soit absent. Il veut à tout prix que dans cette première loi il y ait un article sur le RSA. Hirsch connaît la machine gouvernementale et les jeux de rôle de chacun. Cela fait plus de quinze ans qu’il déambule au cœur de l’appareil d’Etat. Il a déjà appelé tous les ministres, qui lui ont promis d’appuyer sa demande. Durant la réunion, pas un mot sur le RSA. Juste avant la fin, il prend la parole pour défendre son projet. «  Ce serait symboliquement fort, et on a besoin d’une disposition pour élargir et faciliter les expérimentations dans plusieurs départements.»  Fillon, au bout de quelques minutes : «OK, vous nous envoyez demain un texte.»  Son équipe y travaille pendant la nuit. La copie est remise à 2 heures du matin. Et la suggestion, acceptée. Pour la première fois, dans un texte législatif, apparaît le RSA. «C’est rigolo, non ?» 
Mercredi 6 juin,  19 heures. Rendez-vous avec le président de l’assemblée des départements français, un socialiste. Martin Hirsch le connaît bien. Son défi, dans ces premières semaines d’installation, est de ne pas se couper de ponts. De faire en sorte que les amis d’hier ne deviennent pas les adversaires d’aujourd’hui.
«Eric Besson ? Je n’ai pas de contact avec lui.»
Dans l’après-midi, le haut-commissaire a participé à l’assemblée générale des compagnons d’Emmaüs de Longjumeau (Essonne), la communauté dont il est membre. Il est un peu inquiet de l’accueil, mais ne l’avoue pas. Quand il arrive, on se moque gentiment de lui. Une femme âgée : «Tu sais, Martin, dans chaque fruit il faut toujours qu’il y ait un ver»,  puis elle l’embrasse. En repartant, l’ambiance est détendue. Les compagnons lui souhaitent bonne chance. Mais l’un ajoute : «  Fais gaffe quand même à tes collègues du gouvernement . » 
Martin Hirsch récuse le label «ministre d’ouverture»  : «  Il n’y aura pas avec moi de déjeuner médiatique avec tous les ministres de gauche. Eric Besson ? Je n’ai pas de contacts [avec lui] et je n’entends pas en avoir.» 
Jeudi 7 juin,  5e étage du ministère de la Santé. C’est dans ce lieu qu’il connaît bien que le haut-commissariat aux Solidarités nouvelles a planté sa tente, en attendant de déménager le mois prochain. Autour de Martin Hirsch, pas d’administration, juste une dizaine de conseillers. A la tête du cabinet : Emmanuelle Wargon, énarque, fille de Lionel Stoléru et ancienne conseillère de Kouchner. «  Pour monter le cabinet, on n’a eu aucune contrainte  »,  assure cette dernière. Hirsch a repris une bonne partie des jeunes hauts fonctionnaires qui travaillaient avec lui à l’agence des solidarités. Une nouvelle recrue se détache quand même : Marianne Duranton, ex-attachée parlementaire du député UMP Yves Jégo. «  Elle a travaillé à la rédaction de la taxe Emmaüs»,  justifie Hirsch. «  Je ne suis pas la seule au cabinet à avoir voté UMP»,  précise l’intéressée.
Ce jeudi-là est une journée importante. S’enchaîne une série de réunions avec le milieu associatif et syndicaliste. Un univers où Martin Hirsch était jusqu’à présent, comme un poisson dans l’eau.
8 h 30. Première rencontre : la Fnars (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale) et l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux), des structures qui regroupent la quasi-totalité des associations de logements d’urgence ou d’établissements médico-sociaux. Nicole Maestracci, présidente de la Fnars, se dit inquiète. Elle dira plus tard : «Dans nos domaines de l’insertion, tout est éclaté entre les différents ministères, comme dans jamais aucun autre gouvernement. Ça ne favorisera pas une réforme portée par tout le monde.»  Le président de l’Uniopss : «Je confirme, c’est confus, on ne comprend rien.»  Nicole Maestracci : «Ce qui nous intéresse, c’est de savoir comment tu vas t’y prendre.»  Martin Hirsch, ironique : «Moi aussi.»  Il dit attendre une lettre de mission précise.
Autant de lettres d’injures que d’encouragements
10 heures, dans la grande salle du ministère, tous les membres de la commission familles, vulnérabilté, pauvreté sont présents. Une cinquantaine de personnes qui, pour la plupart, ont gardé un bon souvenir du travail avec Martin Hirsch en 2004. L’un souligne que «la lutte contre la pauvreté, ce n’est pas une mesure, c’est une politique d’ensemble».  En aparté, Martin Hirsch : «Il a raison, mais le RSA aura une fonction de levier.  »  Denis Clerc, économiste de gauche : «  La situation en termes de pauvreté en France est si catastrophique que s’il a 1 % de chances de réussir, il a raison d’essayer . » 
Maryse Dumas, numéro 2 de la CGT, prend la parole. Elle éprouve un « besoin de clarification » entre la situation d’hier et celle d’aujourd’hui. «La commission, rap­pelle-t-elle, avait rendu un rapport indépendant. Je n’ai pas à me prononcer s’il fallait ou non que Martin Hirsch accepte d’être haut-commissaire. Il est maintenant membre du gouvernement et solidaire du gouvernement.» Mais, souligne-t-elle, «on ne peut pas apparaître comme complice des mesures du gouvernement».  Pour autant, la syndicaliste ne coupe pas les ponts : «Martin Hirsch nous dit travaillons ensemble . Il y a besoin de lieux de confrontation, et on est partants. Mais il faut distinguer clairement les lieux de confrontation et ceux de concertation»,  précise-t-elle en un savant cocktail de langue de bois et d’avertissement.  
Martin Hirsch est rassuré. Il dit recevoir autant de lettres d’injures que d’encouragements. «  Je me donne dix-huit mois . »  Et une fois le RSA mis en place ? Eclat de rire : «  Le Président m’a dit que si je m’y plaisais et que je prenais goût au gouvernement.  »
Par Patrick Salmon
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Vendredi 15 juin 2007

Le haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, se voit chargé de préparer la réforme des minima sociaux en lien avec le ministre de l'Intérieur "s'agissant des compétences des collectivités territoriales", selon les termes du décret d'attribution paru ce 13 juin au JO. Il a aussi la charge de "la réforme des contrats aidés et des mécanismes d'incitation à la reprise d'activité", cette fois avec le ministre de l'Economie.
Ses missions ne s'arrêtent pas à cette double réforme puisque Martin Hirsch aura également la responsabilité de l'élaboration et de la mise en oeuvre des "programmes de lutte contre la pauvreté", conjointement avec le ministre du Logement et de la Ville, et devra participer à "l'action du gouvernement en matière d'insertion économique et sociale, d'innovation sociale et d'économie sociale". Toujours avec le ministre du Logement, le haut commissaire devra préparer ou organiser les travaux de différentes instances (comité interministériel, Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, Conseil national de l'insertion par l'activité économique).
Une longue série de directions sont mises à sa disposition, dont la DGAS, la DGCL, la DGUHC et la DGEFP.

 RSA : avis favorable de la Cnaf
Le conseil d'administration de la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf) a rendu le 12 juin un avis favorable à l'expérimentation sur trois ans du revenu de solidarité active (RSA) par les départements, a annoncé la Caisse dans un communiqué. Le RSA est inscrit dans l'avant-projet de loi "en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat", dont les articles de la compétence de la Cnaf était soumis à l'avis consultatif de son conseil. Les administrateurs ont très majoritairement jugé le dispositif "favorable" pour les intéressés et se sont déclarés "satisfaits" qu'il soit "conçu à titre expérimental". En notant que le conseil avait en revanche précédemment émis un avis défavorable à l'article de l'avant-projet consacré à l'allègement de cotisations des heures supplémentaires.

Par Patrick Salmon
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Dimanche 24 juin 2007

Destiné à remplacer le RMI, le "revenu de solidarité active" (RSA) coûterait 3 à 4 milliards d'euros, déclare Martin Hirsch, haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, dans un entretien au Journal du dimanche. "Le but est de remplacer le RMI qui souffre d'une image négative depuis sa création", explique l'ancien président d'Emmaüs France.Le principe de l'expérimentation du RSA, mesure qui figurait dans le programme présidentiel de la socialiste Ségolène Royal, a été approuvé mercredi en conseil des ministres dans le cadre du projet de loi travail-emploi-pouvoir d'achat."La rédaction d'un projet de loi prendra un an. Nous souhaitons être prêts fin 2008", confirme Martin Hirsch.Prié de préciser si le RSA coûterait bien 6 à 8 milliards d'euros, comme l'indiquent certaines estimations, Martin Hirsch répond: "Ce sera sans doute deux fois moins. Les premières expériences dans les départements montrent que le RSA coûte en moyenne 1.200 euros par personne sur une année." Le haut commissaire précise que "50.000 personnes seront impliquées si 25 départements se portent volontaires d'ici à fin septembre" pour cette expérimentation et que, "pour l'instant, 15 départements tentent l'aventure".Le RSA est un dispositif permettant d'éviter qu'un bénéficiaire de minima sociaux perde de l'argent en reprenant une activité.

Par Patrick Salmon
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Jeudi 12 juillet 2007
LE MONDE | 12.07.07 | 14h46  •  Mis à jour le 12.07.07 | 14h46

es discussions en cours, à l'Assemblée nationale, sur le "paquet fiscal" qui inclut le lancement par Martin Hirsch, haut-commissaire du gouvernement, du revenu de solidarité active (RSA), illustrent les ambiguïtés voire les contradictions de la politique du gouvernement dans le domaine social.

 

D'un côté, l'ancien président d'Emmaüs France présente des orientations qui ne peuvent qu'être approuvées. Même si M. Hirsch fait un peu figure de Sisyphe moderne face à un système qui sécrète de la pauvreté, notamment avec le développement du travail précaire et du temps partiel contraint. Pour la première fois, le haut-commissaire s'attaque de front à un problème identifié depuis bien longtemps : le fait qu'un RMiste qui retrouve un travail modeste peut perdre de l'argent, en n'ayant plus accès à certaines prestations.

Ce sérieux et cette bonne volonté contrastent avec l'étonnante légèreté, sur un tel sujet, de la ministre des finances, Christine Lagarde, qui n'a pas hésité à lancer, devant les députés, le 10 juillet : "Cessons d'opposer les riches et les pauvres." Surtout quand, au même moment, une étude d'un chercheur de la nouvelle Ecole d'économie de Paris, appuyée sur les données fiscales, indique que les hauts revenus ont explosé en France entre 1998 et 2005, du fait de la forte augmentation des revenus du patrimoine et du creusement considérable des inégalités salariales.

Au-delà, on peut se demander si M. Hirsch n'est pas en train de devenir, comme certains le redoutaient ou le soupçonnaient dès le début, une sorte d'alibi social du gouvernement. Autrement dit, l'arbre de la lutte contre la pauvreté masquerait la forêt d'une politique destinée en fait aux catégories sociales les plus favorisées qui constituent l'électorat traditionnel de la droite. Et ce, contrairement à ce qu'avait soutenu pendant la campagne M. Sarkozy, non sans succès auprès des Français les plus modestes. D'une part, sur un "paquet fiscal" dont le coût annuel est évalué entre 11 et 13 milliards d'euros, l'expérimentation par M. Hirsch du RSA ne représente qu'une goutte d'eau (25 millions pour 2008) face aux allégements d'impôts (réforme de l'ISF, des successions, bouclier fiscal...), qui profiteront aux plus favorisés. D'autre part, le débat parlementaire démontre que, pour les plus modestes des salariés, l'application concrète du slogan "travailler plus pour gagner plus" reviendra à rendre imposables ceux qui ne l'étaient pas.

Outre son dynamisme et son énergie, l'une des forces de M. Sarkozy est un syncrétisme idéologique qui lui fait choisir "ce qui marche", sans s'embarrasser de savoir si les idées ou les hommes sont catalogués de droite ou de gauche. Le début du parcours parlementaire de son gouvernement montre les limites de cette synthèse.
Rémi Barroux

Par Patrick Salmon
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Jeudi 12 juillet 2007
LE MONDE | 12.07.07 | 14h46  •  Mis à jour le 12.07.07 | 14h46

es discussions en cours, à l'Assemblée nationale, sur le "paquet fiscal" qui inclut le lancement par Martin Hirsch, haut-commissaire du gouvernement, du revenu de solidarité active (RSA), illustrent les ambiguïtés voire les contradictions de la politique du gouvernement dans le domaine social.

 

D'un côté, l'ancien président d'Emmaüs France présente des orientations qui ne peuvent qu'être approuvées. Même si M. Hirsch fait un peu figure de Sisyphe moderne face à un système qui sécrète de la pauvreté, notamment avec le développement du travail précaire et du temps partiel contraint. Pour la première fois, le haut-commissaire s'attaque de front à un problème identifié depuis bien longtemps : le fait qu'un RMiste qui retrouve un travail modeste peut perdre de l'argent, en n'ayant plus accès à certaines prestations.

Ce sérieux et cette bonne volonté contrastent avec l'étonnante légèreté, sur un tel sujet, de la ministre des finances, Christine Lagarde, qui n'a pas hésité à lancer, devant les députés, le 10 juillet : "Cessons d'opposer les riches et les pauvres." Surtout quand, au même moment, une étude d'un chercheur de la nouvelle Ecole d'économie de Paris, appuyée sur les données fiscales, indique que les hauts revenus ont explosé en France entre 1998 et 2005, du fait de la forte augmentation des revenus du patrimoine et du creusement considérable des inégalités salariales.

Au-delà, on peut se demander si M. Hirsch n'est pas en train de devenir, comme certains le redoutaient ou le soupçonnaient dès le début, une sorte d'alibi social du gouvernement. Autrement dit, l'arbre de la lutte contre la pauvreté masquerait la forêt d'une politique destinée en fait aux catégories sociales les plus favorisées qui constituent l'électorat traditionnel de la droite. Et ce, contrairement à ce qu'avait soutenu pendant la campagne M. Sarkozy, non sans succès auprès des Français les plus modestes. D'une part, sur un "paquet fiscal" dont le coût annuel est évalué entre 11 et 13 milliards d'euros, l'expérimentation par M. Hirsch du RSA ne représente qu'une goutte d'eau (25 millions pour 2008) face aux allégements d'impôts (réforme de l'ISF, des successions, bouclier fiscal...), qui profiteront aux plus favorisés. D'autre part, le débat parlementaire démontre que, pour les plus modestes des salariés, l'application concrète du slogan "travailler plus pour gagner plus" reviendra à rendre imposables ceux qui ne l'étaient pas.

Outre son dynamisme et son énergie, l'une des forces de M. Sarkozy est un syncrétisme idéologique qui lui fait choisir "ce qui marche", sans s'embarrasser de savoir si les idées ou les hommes sont catalogués de droite ou de gauche. Le début du parcours parlementaire de son gouvernement montre les limites de cette synthèse.

Par Patrick Salmon
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