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  • : patricksalmon.over-blog.com Chômage, le FIASCO des politiques Balland Essai ; septembre 2006. Ancien directeur d'une agence locale pour l'emploi, Patrick Salmon est syndicaliste à l'ANPE. Contact auteur : patrick.salmon@cegetel.net
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Lundi 11 septembre 2006

« Le chômage baisse »…

 En juillet 2006 aussi, « le chômage baisse »… Chaque mois, depuis plus d’une année maintenant, « le chômage baisse »… D’ailleurs, jusqu’à l’élection présidentielle de 2007, « le chômage baisse »…

 « Le chômage baisse »… Cet axiome gouvernemental, en plus d’être asséné et répété, est régulièrement mis en scène. Cet axiome mérite décryptage.  La baisse du chômage n’est réelle sur le plan statistique que depuis février 2006[1] et elle doit peu à la politique du pouvoir en place. L’essentiel est dans une démographie favorable à cette baisse[2] et dans la multiplication des artifices conduisant à sortir les chômeurs des listes officielles : suivre mensuellement les demandeurs d’emplois, diminuer le montant des indemnités chômage, contrôler la recherche d’emploi, dérèglementer le droit du travail, instaurer le contrat journalier (CNE) sont autant de techniques visant d’abord le camouflage statistique. A défaut d’agir massivement sur le niveau de chômage réel, l’actuel gouvernement instrumentalise à des fins électorales une baisse, fabriquée pour l’essentiel, du nombre des chômeurs.

 Comment peut-il y avoir une différence aussi importante entre le nombre de chômeurs en moins et le nombre de créations d’emplois supplémentaires dans l’économie marchande ? Comment être bientôt en dessous des 2 millions de chômeurs officiels alors que le nombre d’allocataires de minima sociaux ne cesse de croître ? En France, fin mars 2006, on compte 1 276 763 allocataires du RMI. Plus de 3 millions de personnes sont allocataires d’un minimum social. Avec les ayant-droits, conjoints et enfants, c’est un peu plus de six millions de personnes qui vivent d’un minimum social. Ces chiffres ne sont pas communiqués ni commentés chaque mois. Il en est de même pour les situations de sous-emploi. Les personnes travaillant moins qu’elles ne le souhaitent sont aujourd’hui plus de 1,2 millions. Environ 80 % de ces « sous employés » sont des femmes. Ce sous-emploi explique la croissance massive du nombre des « travailleurs pauvres ». Cette réalité là n’apparaît aucunement à travers l’indicateur médiatisé des statistiques du chômage. Un indicateur dont la pertinence est aujourd’hui en débat.

 Les demandeurs d'emploi inscrits à l’ANPE sont classés dans différentes catégories en fonction de la nature de l'emploi qu'ils recherchent et de leur disponibilité. Il existe ainsi huit catégories de demandeurs d’emploi.

 Les personnes sans emploi immédiatement disponibles qui effectuent des démarches de recherche d’emploi se répartissent entre les catégories 1, 2, 3, 6, 7 et 8 en fonction, d’une part, du type de contrat qu'elles recherchent (CDI à temps complet pour les catégories 1 et 6, CDI à temps partiel pour les catégories 2 et 7, CDD ou emploi temporaire et saisonnier pour les catégories 3 et 8) et, d’autre part, de la durée d'activité réduite pratiquée au cours du mois (entre 0 et 78 heures pour les catégories 1, 2 et 3 ; plus de 78 heures pour les catégories 6, 7 et 8).

 Dans les catégories 4 et 5, on trouve les personnes qui ne sont pas immédiatement disponibles pour occuper un emploi. La catégorie 4 regroupe les personnes sans emploi mais non disponibles, notamment parce qu'elles sont en formation ou en maladie. La catégorie 5 comprend les personnes pourvues d’un emploi, mais à la recherche d’un autre emploi.

 Les statistiques officielles publiées chaque fin de mois privilégient les demandeurs d'emploi de catégorie 1, c'est-à-dire ceux qui recherchent un emploi à temps plein en contrat à durée indéterminée et qui n'ont pas travaillé plus de 78 heures au cours du mois. Chaque mois, c’est seulement le nombre de chômeurs comptabilisés dans la catégorie 1 qui est communiqué et médiatisé. De plus, ce nombre est « corrigé des variations saisonnières », c’est-à-dire qu’il est modifié afin de réduire les effets de variations parfois fortes, mais revenant chaque année. En définitive, le nombre mensuel de demandeurs d’emploi livré en pâture aux médias est un nombre bien épuré !

 Un nombre épuré qui doit être en baisse… C’est la priorité des pouvoirs successifs. Depuis déjà plusieurs décennies, la publication et la médiatisation de ce chiffre influent considérablement sur les politiques de l’emploi. Cet indicateur, pourtant extrêmement réducteur d’une réalité particulièrement complexe, est devenu l’alpha et l’oméga des hommes politiques. Un indicateur sacro-saint qui déclenche des actions politiques conjoncturelles visant la baisse statistique immédiate du chômage alors qu’on est en droit d’attendre de véritables politiques structurelles. Les techniques du camouflage statistique pour sortir les chômeurs de la catégorie 1 sont nombreuses. Revue de détails qui est loin d’être exhaustive.

 Les emplois aidés

 Le nombre des emplois aidés par l’Etat est aujourd’hui considérable et en augmentation : 212 000 CIVIS (Contrat d’Insertion dans la vie active), 47 000 contrats d’avenir, 166 000 contrats d’accompagnement dans l’emploi... Ces contrats sont trop précaires et trop subventionnés pour être durables ; ils alimentent le chômage caché. 

Le Suivi mensuel des demandeurs d’emploi

Depuis le 1er janvier 2006, quatre mois après son premier entretien à l’ANPE, le chômeur entre dans le processus de suivi mensuel. Puisque le chômeur n’a pas trouvé de travail, il faut mesurer puis réduire les écarts entre le positionnement de la personne (ses souhaits) et les exigences du marché du travail en réajustant le parcours défini. De fait, cette multiplicité des échanges de suivi a pour effet la dégradation de la norme de l’emploi acceptable. En effet, dans ce contexte, des chômeurs acceptent l’emploi qui existe, même mal rémunéré, même ne correspondant pas à leur qualification, et non plus celui qu’ils souhaitent.

Au-delà de ce constat, la philosophie du dispositif est limpide. Le profilage des chômeurs poursuit un double objectif. D’une part, il s’agit d’accélérer la sortie du chômage des personnes immédiatement employables. En multipliant les fréquences et les opportunités d’accès à l’information sur les emplois disponibles, ce premier objectif a des chances d’être atteint. D’autre part, il faut sortir des statistiques une partie des autres chômeurs. Sans aucun doute, cet objectif sera aussi atteint. En effet, la mensualisation du suivi entraîne une explosion mécanique des convocations, d’où découle une explosion, elle aussi mécanique, des absences à convocations. Les sorties de la liste des demandeurs d’emploi sont alors plus nombreuses. De plus, le dispositif peut conduire à la culpabilisation et au découragement de nombreux chômeurs qui, face à leur incapacité à trouver du travail, et fatigués d’être convoqués inutilement, cessent leur recherche et disparaissent des listes de l’ANPE.     

Le contrôle de la recherche d’emploi

       La réforme du contrôle de la recherche d’emploi est intervenue à travers un décret du 2 août 2005. La notion de recherche d’emploi est alors modifiée. Les sanctions contre les chômeurs qui n'ont pas effectué « de manière permanente des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer ou de reprendre une entreprise » sont désormais graduées en fonction de la gravité du manquement. La baisse d'allocations est de 20 % à 50 % pour des durées de deux à six mois. Par exemple, en cas de refus d’un emploi « valable », l’allocation peut être diminuée de 20 % ; de 50 % en cas de récidive, et en totalité lors d’un troisième refus. La durée des radiations peut aller de quinze jours à un an. Douze mois après l’entrée en vigueur de la réforme, il n’apparaît pas d’augmentation significative des sanctions lourdes. Par contre, les exclusions temporaires de l’assurance chômage ont explosé : chaque mois, près de 1700 chômeurs voient leur allocation réduite ou supprimée suite à une fraude ou à de la mauvaise foi. Une partie de ces chômeurs disparait, au moins momentanément, des statistiques officielles.

La mauvaise indemnisation des chômeurs

Moins de la moitié des chômeurs sont indemnisés par le système de l’assurance chômage (les ASSEDIC). Loin d’être généralisée et universelle, l’assurance chômage devient une machine à exclure un nombre croissant de chômeurs de l’indemnisation assurantielle : il est de plus en plus difficile d’y entrer et on en sort de plus en plus rapidement, même si on ne trouve pas d’emploi ! Une partie des chômeurs exclus de l’indemnisation assurantielle est allocataire de minima sociaux (Revenu Minimum d’Insertion, Allocation de Solidarité Spécifique…) Les autres chômeurs ne sont tout simplement pas indemnisés. Dans ce contexte, certains chômeurs ne maintiennent pas leur inscription à l’ASSEDIC et à l’ANPE. Et ils ne sont donc plus comptabilisés comme chômeurs !

   On vient de le démontrer et, chaque mois, la sempiternelle polémique sur le nombre de chômeurs affiché le confirme : la statistique mensuelle du chômage a désormais perdu toute crédibilité. La question n’a même plus rien à voir avec l’évolution, à la hausse ou à la baisse, du chômage. Quand l’absence de crédibilité d’un indicateur atteint un tel sommet, il faut en changer. A quoi cela sert-il de médiatiser largement et de commenter chaque mois une statistique précise, le nombre de demandeurs d’emploi comptabilisés en catégorie 1, alors que d’autres statistiques et d’autres réalités sont toutes aussi importantes ? Comment peut-on, par exemple, commenter sérieusement la baisse statistique du nombre de chômeurs de catégorie 1 en isolant ce chiffre du nombre des RMIstes qui, lui, est en augmentation ?

   Pourtant, les indicateurs permettant de véritables analyses sur l’activité, les emplois et le chômage existent. Ils nous sont fournis pour l’essentiel par des organismes très sérieux comme l’Insee ou la Dares. La vraie question devient donc : quels sont les indicateurs à médiatiser pour utilement éclairer les débats sur le chômage et son évolution ?

    L’idée d’abord défendue ici est de médiatiser prioritairement le solde net des créations ou des disparitions d’emplois. C’est là un intéressant critère pour rendre compte de l’activité d’un pays.

 Ensuite, en ce qui concerne le nombre de chômeurs, il semble pertinent d’afficher largement le nombre d’actifs qui ne travaillent pas du tout, ou pas autant qu’ils le souhaiteraient. Cela reviendrait à additionner les huit catégories de chômeurs existant aujourd’hui en y ajoutant les demandeurs d’emploi des DOM et les dispensés de la recherche d’emploi. On aurait enfin un chiffre non épuré qui permettrait de connaître le nombre réel de chercheurs d’emploi.

 Enfin, puisque des personnes privées d’emplois ne sont pas inscrites à l’ANPE, il est important d’avoir des données sur l’importance de la pauvreté et de savoir combien de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Cet indicateur est d’autant plus essentiel que le nombre de jeunes actifs pauvres en situation d’emploi ne constitue plus un phénomène marginal.

 L’ampleur de l’activité avec ses effets sur le niveau de l’emploi, le nombre de chercheurs d’emploi et le niveau de la pauvreté, tels sont les trois indicateurs à privilégier. Pour permettre les analyses les plus exhaustives possible, ces trois indicateurs devraient être rendus publics le même jour. L’objectif n’est en rien de « casser le thermomètre pour cacher ces chômeurs que nous ne saurions voir » ; il est, au contraire, de bâtir une véritable « station météo » de l’emploi et de l’activité.

 [1] On compte ici les huit catégories de chômeurs sans ceux des DOM. Fin janvier 2006, il y a alors 4 150 604 chômeurs. Ce nombre est de 3 942 608 fin juillet 2005 peu après l’arrivée de Dominique de Villepin à Matignon. Après être monté d’août à novembre 2005, le nombre de chômeurs toutes catégories diminue pour se situer à 3 740 786 fin juin 2006.

 [2] Le solde positif entre les arrivées sur le marché du travail et les départs à la retraite est de plus en plus faible : 150 000 par an pendant longtemps, 108 000 en 2004, 67 000 en 2005 et environ 29 000 en 2006.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Patrick Salmon - Publié dans : Données et opinions sur l'EMPLOI et le CHOMAGE
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